RENCONTRE D’UN AUTRE TYPE : GUILLAUME CABANTOUS

18h30 sur la planète France, un petit vent du sud vient réchauffer une fin de journée glaciale sur notre bon vieux Panam. Je me remémore les œuvres de l’artiste, Guillaume CABANTOUS, originaire de nos montagnes Pyrénéennes, où l’altitude semble développer les facultés créatives. Le travail est surprenant, abouti, comme mûri de 100 ans d’expérience, le jeune bambin n’en a pourtant que 30.

De sa passion pour la glisse, Guillaume en a gardé cette délicieuse “cool attitude” et ce surprenant recul  face à la réussite, à l’Art et son business. Il manie le pare-brise, détourne l’objet pour lui redonner vie. La rudesse du verre est soudain habillée d’une incroyable souplesse. Rien de tout ça ne semble très normal,  jugez plutôt de cette rencontre d’un tout autre type.

Discussion au délectable parfum de simplicité. Skater et snowboarder dés son plus jeune âge, Guillaume customisait déjà boards et autres accessoires, pour devenir artiste à part entière à l’âge de  16 ans. Il intègre par la suite les Arts Déco de Strasbourg jusqu’en juin 2003 où il exposera avant même d’achever ses études. Puis viendra Paris, Prague, l’Allemagne et l’Italie.

Portrait de l’artiste, descriptif au figuré, rien de trop apprêté, “ma gueule, c’est ma gueule quand je me lave les dents le matin, elle m’appartient.” Photo de face, en action, le visage couvert d’un masque de ski. Dragon ne s’y est pas trompé, Guillaume participe à l’un de leurs projets, le “Dragon Artist Project”. Séries d’affiches-tableaux conçues façon “carte blanche”, par des artistes pendant deux ans. Le tout visant à la réalisation d’une exposition en Californie. Au lieu de porter ces masques pour le sport, Guillaume les utilise dans son art, comme outils de travail pour se protéger. “Je détourne les pares-brises et pourquoi pas bientôt les masques.” L’art s’invite aussi là où il n’est pas le plus attendu.

Réflexion de l’instant, le verre est omniprésent. “Je travaille des pares-brises, je bosse pour Dragon, une marque d’optique et je discute avec Carglass sur un projet de sponsoring. Je me retrouve ancré dans l’optique.”

Guillaume sculpte le verre en le brisant. Des pares-brises de voiture qu’il plie et accumule sur de vieux poteaux d’échafaudages, métal mal dépoli, poutres de bois vieillies voir à même le sol. La pauvreté des matériaux utilisés rappelle les œuvres de l’Arte Povera. Mais l’originalité de son art réside surtout dans la magie du rendu, un geste minutieusement étudié, fruit d’un travail rigoureux et qui pourtant semble si spontané. “Je travaille à partir de patrons en papier avec lesquels j’étudie la notion de pliage. Comment vais-je casser les pares-brises pour obtenir le résultat souhaité. Je ne cherche pas à représenter l’accident, mais ce qui m’intéresse est de travailler avec.”Véritable rapport au verre, de son mouvement, sa nature à ses réactions, rien n’est laissé au hasard. Suspendu comme une veste à un porte-manteau, ou posé en équilibre sur une barre de danse, Guillaume CABANTOUS se joue de la matière pour nous confondre dans l’illusion de légèreté et de souplesse.

L’improvisation est reléguée au rang de chimère bien que l’artiste dépourvu d’atelier, réalise ses œuvres en “live” au sein même de la galerie. Un entraînement assidu, des gestes répétés mais un unique essai afin de laisser sa trace. “C’est un véritable combat de boxe, lorsque je monte sur le ring, je n’ai pas droit à l’erreur.”

Guillaume a intégré la galerie Odile Ouizeman à Paris. “Une très bonne chose qui m’a permis de rentrer dans un processus créatif en obtenant de nouveaux soutiens.”

Sa 1ère exposition personnelle intitulée “Un état sauvage”, aura lieu le 31 janvier. “Je vais utiliser le matériau que j’utilise depuis 4 ans. Aujourd’hui mes oeuvres se vendent, les collectionneurs parisiens les achètent donc je me dois d’y travailler, continuer à explorer, briser et reformer le verre. Mes projets et travaux personnels sont tout autres. Il faut savoir manier les deux. Quand personne ne te suit, tu te sens libre. Quand quelqu’un commence à te soutenir, c’est autre chose. Il s’agit de savoir répondre aux contraintes sans en perdre ses envies.”

Exploration incessante, Guillaume exploite les volumes, toujours plus importants. “Je m’éclate vraiment. Quand tu commences, tout est de l’ordre de l’essai. Maintenant je me professionnalise, mais j’en garde une réelle jouissance. Lorsque tu arrives avec trente pare- brises dans une galerie, c’est un peu comme une grosse boite de lego avec laquelle tu dois construire quelque chose. Ouah ! On me permet de jouer, c’est kiffant.”

L’artiste a su préserver sa passion, le plaisir de créer sans occulter l’idée du travail à fournir. L’homme ne se méprend pas, les impératifs existent. “Même si j’ai envie de travailler sur d’autres médiums, les obligations qui m’incombent font aussi partie de mon métier et ce métier il faut savoir le faire. C’est un peu comme un acteur à qui l’on dit qu’il doit jouer la même pièce pendant un an. Et bien il faut savoir pourquoi tu le fais,  s’adapter et s’y plier. Ca ne veut pas dire que chez toi tu ne travailles pas sur d’autres choses. Mais il faut le faire, voilà tout.” Etre artiste c’est un métier, bien plus encore, comme il aime à le dire “une attitude”.
Guillaume n’est pas fan, et n’aime pas l’idée de chef d’œuvre. Un mec avec la tête sur les épaules, distance plaisante vis à vis de son travail à en déconcerter plus d’un. “Je m’éclate dans ce que je fais mais je ne le sacralise pas. Je connais l’histoire de l’art, c’est mon métier. J’ai mes références, mais je ne suis fan de personne. C’est comme la musique, je l’écoute, puis je range mon CD. Mes inspirations sont diverses, de la peinture française aux artistes étrangers, sculpteurs ou autres. Mais quoiqu’il en soit, il ne faut pas oublier que je travaille des pares-brises, je ne vais pas les faire trôner sur de jolis socles.”

Guillaume tel un magicien modifie la matière et donne au verre une toute autre nature. Illusion d’optique ? Performance artistique.

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Propos recueillis par  Jessica Segan.

EXTRAIT DEDICATE 15 – Hiver 2008

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