L’A. GALERIE

Paris à plat comme un cahier d’écolier quadrillé par secteurs d’activité. Et quatre roues motrices qui semblent égarées, Paris XVIème, vous êtes arrivés. A 100 mètre du Palais de Tokyo, face à la Fondation Saint-Laurent et près du Musée d’Art Moderne, l’A.Galerie fait sa rebelle et malmène le planisphère culturel capital.

Ô convenances castratrices, Ô tristes esprits ficelés par les tendances, Tremblez face à l’audace qui vient vous libérer.Un emplacement atypique qui titille la curiosité, prémices de bon augure d’une rencontre débridée de mots déliés qui en un mot se résume : Osez !

Subtilement simple, l’homme a son franc-parler. Arnaud Adida, l’un des fondateurs de la Galerie Acte 2 ouvre son second espace, A.Galerie. Une Aventure Audacieuse en solitaire où l’Art prend de l’envergure. Défi de taille puisqu’après 22 ans dans le monde de la photo, Mr A élargit son champs d’action au travers d’une galerie dédiée non seulement à la photographie mais également à l’art contemporain.

Là où le choix du coeur s’impose comme une évidence, se mêlent artistes reconnus et jeune génération. “Aujourd’hui je peux plus facilement prendre des risques, car l’espace est plus petit. Je vais produire 10 pièces et non 50, élaborer une exposition et ainsi pouvoir m’engager avec de nouveaux talents.” Un galeriste conquistador qui n’a pas peur de mouiller le maillot. Alors, jusqu’où doit-on aller pour promouvoir le travail d’un artiste ? “Certaines oeuvres se suffisent à elles-mêmes, mais l’explication peut être des plus enrichissantes pour apporter une dimension supplémentaire. Je travaille avec des artistes depuis des années, il y a de bons artistes chiants et d’autres qui ne le sont pas, alors pourquoi s’embêter avec ceux qui le sont. Croire en son travail, aimer son bonhomme, c’est ainsi que l’on parvient à promouvoir au mieux ses artistes.”  Langues déliées, ambiance conviviale dans un lieu qui fleure bon l’inattendu. Peut-on encore faire du nouveau en photo ? “Oui, c’est fascinant. J’aime voir une photo et savoir instantanément qui en est l’auteur. LaChapelle, Araki, Martin Schoeller, Nadav Kander font parti de ces maîtres. Ils parviennent à s’approprier les choses, créer du jamais fait. Les meilleurs sont ceux qui ont leur propre style.”

Preuve à l’appui, un passif des plus démonstratifs où l’exposition des nus de Sturges, à la galerie Acte 2, s’impose comme un véritable parti pris, surprenant. “J’adore cet artiste. Il suit la plupart de ses modèles pendant des années. Je n’y vois aucune perversion. N’est-ce pas la société et le contexte dans lesquels nous vivons qui malmènent nos esprits ? On est tous né à poil et on mourra tous à poil.” Tout portrait dressé de notre monde est bien le fruit d’une interprétation. Subjectivité des sens, méfiez-vous des apparences. Et l’art comme esquisse d’une incertaine réalité, peut-on se refuser de tout montrer ? “Je n’exposerai pas d’images fascistes, nazis, ou à trop forte connotation sexuelle, mais je suis ouvert. Je ne pense pas qu’il faille s’imposer de limites, l’art permet justement de s’en approcher. J’obéis également à une certaine logique commerciale et je n’aime pas l’idée d’accorder de l’espace à ce qui ne me semble pas en valoir la peine. Je marche au coup de coeur.” Symphonie de photos en ré majeur, accord de coeur, que rêveriez-vous d’exposer sur vos carreaux ? “Irving Penn. Mon photographe préféré, un maître absolu. J’aime beaucoup le travail de Philip-Lorca diCorcia. Et tellement d’autres. J’ai approché Edward Burtynsky mais n’ai jamais travaillé avec. J’ai raté plusieurs fois La Chapelle lorsqu’en seconde activité, je vendais des photos à la presse. Parce qu’Acte 2 est une galerie photos, beaucoup de photographes refusaient d’y être exposés de peur d’être ramenés au simple stade de photographe alors qu’ils se considèrent davantage comme des artistes. Persuadés qu’exposer dans des galeries photos les desservent, ils ne veulent exposer que dans des galeries d’art contemporain où les prix sont bien plus élevés, il ne faut pas s’en cacher. Aujourd’hui je m’affranchis de cette barrière, simplement pour pouvoir exposer tous les artistes que j’aime et que j’ai pu découvrir par le biais de mes rencontres.” Liberté, liberté chérie… “Une galerie, c’est le reflet d’un goût, une galerie à trois, c’est plus un compromis.”

Les épaules solides et l’étoffe d’un guerrier, pour l’amour de l’Art et non content d’un succès, l’homme repart à l’abordage sans se saborder. “Lorsque j’ai ouvert ma première galerie on n’avait pas de clients. On voulait que le photographe soit content. On s’accordait alors sur un nombre X et j’achetais le reste jusqu’à ce qu’on ait assez de clientèle. Ma démarche sera la même, c’est important.” L’esprit ouvert, l’oeil affûté, on change son angle de vue à l’A.Galerie. Il n’y a pas d’os mais bien un As, qui saura contenter les appétits les plus féroces, Martin Schoeller en guise de premier met.

A. Galerie, 12 Rue Léonce Reynaud 75116 Paris

Texte : Jessica Segan

Photographie : Eddie Monsoon

Published : Automne 2009 – DEDICATE 21

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