Il y a quelque chose d’assez réjouissant dans l’idée de s’habiller comme une femme qui sait exactement ce qu’elle fait, sans ressentir le besoin de convoquer une armée de signes extérieurs pour le faire comprendre…
Elle n’a pas besoin de silhouette déguisée en conseil d’administration, ni de talons capables de déclencher une réunion de crise chez le podologue. Juste une veste qui tombe impeccablement, un pantalon bien coupé et une assurance un peu insolente. C’est tout l’esprit deWAR : un vestiaire pour une femme qui s’impose sans forcer.

À sa tête, Sayana Gonzalez et son histoire familiale qui commence à Paris, dans les années 1930, avec son arrière-grand-mère, Lyska Kostio de Warkoffska. Trois générations plus tard, la maison reprend vie sous l’impulsion d’une héritière qui a grandi entre Buenos Aires, Paris et l’Inde. De quoi développer un œil qui ne s’arrête pas aux frontières, ni aux idées toutes faites sur ce que devrait être le chic français.

Son parcours passe par les Beaux-Arts à Parsons, une formation en management du luxe à Londres et une expérience de l’industrie textile en Europe comme en Asie. Un détour par les coulisses qui change forcément la perspective : derrière une silhouette désirable, il y a des matières, des volumes, des techniques et toute une chaîne de production qui dépasse largement les joli croquis. Pour elle, la mode a beau vendre du rêve, elle reste avant tout une affaire de savoir-faire.
Cette attention à la construction se nourrit de ses influences multiples. La joaillerie pour le détail, l’architecture pour les proportions, les intérieurs pour les associations de matières : Sayana Gonzalez puise dans des univers où rien n’est laissé au hasard. Une sensibilité qui se traduit dans ses collections par des coupes maîtrisées et une recherche esthétique qui ne confond jamais sophistication et surcharge.
La même exigence se retrouve dans le rythme de la maison. Deux collections principales par an, ponctuées de capsules intermédiaires, plutôt qu’une course effrénée au renouvellement. L’idée : faire durer les pièces, pas simplement leur moment de gloire. Une vision qui se prolonge jusque dans le choix des matières, avec l’exploration du tissu de lait, fabriqué à partir de protéines laitières, et l’exclusion du cuir animal.
L’intérêt de deWAR se situe finalement dans cet équilibre entre une histoire familiale et une vision différente. Sayana reprend un nom, un héritage, mais son terrain de jeu reste le présent : celui des femmes qui circulent entre plusieurs vies dans une même journée, passent d’un rendez-vous à un avion, d’une négociation à un dîner, sans avoir envie de changer de personnage à chaque étape.
Ses pièces n’ont donc pas besoin de jouer les patrons, mais sont assez bien pensées et suffisamment agréables à porter pour traverser les modes sans prendre un coup de vieux à chaque nouvelle saison. Une forme de sophistication qui laisse les effets de manche aux autres, au sens propre comme au figuré.
Rédaction : Rania Harrath

