LA PATAGONIA D’YVON CHOUINARD

Yvon Chouinard est le fondateur et actuel dirigeant de Patagonia. Spécialisé dans les vêtements “outdoor”, c’est à 20 ans, en créant du matériel d’escalade qu’il construit sa réputation. Surfeur, kayakiste, alpiniste et pêcheur à la mouche, il a su intégrer au cœur de son entreprise son sens de l’éthique, sa passion pour les sports de l’extrême et pour la protection de l’environnement sans jamais se renier.

Aujourd’hui, avec une quarantaine de magasins dans le monde, une croissance contrôlée annuelle d’environ 5%, Patagonia est une entreprise où efficacité économique, respect de l’environnement, militantisme, souplesse de travail et loisirs s’interconnectent.

Parlez-nous de Patagonia et de votre dernier projet 1% for the planet 
J’ai voulu Patagonia comme un modèle auquel d’autres entreprises pourraient se référer dans leurs propres recherches pour une gestion et un développement durable au niveau écologique. La protection et la conservation de la nature sont les raisons premières pour lesquelles nous avons décidé de créer cette entreprise.

Pour être fidèle à la charte de conduite de Patagonia, “Fabriquer le meilleur produit, avec le moindre impact possible sur l’environnement et utiliser notre entreprise pour inspirer et trouver des solutions à la crise environnementale”, la plupart des magasins sont des bâtisses qui ont échappé à la démolition. L’entrepôt à Reno dans le Nevada, est une référence en matière d’efficacité énergétique ainsi que l’immeuble de bureau à Ventura qui a été conçu avec 95% de matériaux recyclés.

En 1993, nous étions les premiers  à fabriquer nos vestes polaires en synchilla à partir de bouteilles en plastique  recyclées. Entre 1993 et 2003 nous avons recyclé 86 millions de bouteilles de soda. Pour 150 lots de polaires en polyester recyclé, nous économisons 170 litres de pétrole et évitons le rejet dans l’air d’une demi-tonne de particules toxiques.

En 1994 nous avons réalisé notre premier audit environnemental interne ainsi qu’une étude sur le cycle de production et de vie des quatre principales fibres que nous utilisons le plus : le coton, la laine, le polyester, le nylon.

Dès 1996, tous nos vêtements en coton étaient fabriqués avec du coton 100% biologique.

Depuis 1985,  nous avons pu distribuer, vingt-cinq millions de dollars en cash ainsi que des donations en nature à des associations militant sur le terrain pour la préservation de l’environnement.
En 2001 nous avons créé l’association “1% for the planet”, une alliance de 150 entreprises qui s’engagent à donner 1% de leurs bénéfices à des causes environnementales de leur choix. Les membres peuvent utiliser le logo afin de communiquer leur engagement environnemental. Ce logo permet aux consommateurs de distinguer ce qui est du marketing “vert” d’une action réelle. L’organisation grossit de deux ou trois nouvelles entreprises par semaine. On trouve une liste des membres sur onepercentfortheplanet.org.

Gérer son temps de travail, ses loisirs, sont des valeurs très importantes pour vous. Vous venez d’écrire un livre “let my people go surfing”
Notre politique a toujours permis à nos salariés de gérer leur temps comme ils le voulaient. Je me fous de savoir quand les gens travaillent, pourvu que le travail soit fait, et aussi longtemps que cela n’affecte pas ceux qui travaillent avec eux. C’est pourquoi nous avons mis en place la politique “libre de surfer”, les employés en profitent pour ne pas louper une bonne houle, nous sommes en Californie, l’un des meilleurs endroits au monde pour surfer. Mais ceci implique  beaucoup de responsabilités de la part de chacun. Je suis absent du bureau les deux tiers du temps, je ne me souviens plus quand je suis venu vérifier comment les choses vont. On n’en a pas besoin. Cette liberté nous permet de conserver des salariés de valeur qui aiment trop leur liberté pour accepter les contraintes d’un environnement de travail trop rigide.

Comme un écosystème en bonne santé, Patagonia prospère.

www.patagonia.com

Texte : Bernadette Combette

Illustration : Wildanais

Published : Printemps 2008 – DEDICATE 16

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