JACKY IDO

A l’heure où sonnent les cloches sacrées de la Grand’ Messe du cinéma, Jacky Ido livre au DEDICATE ses sentiments sur le tournage du dernier Tarantino, Inglorious Basterds, l’un des favoris poula Palme d’Or. Il y partage l’affiche avec Brad Pitt, Mélanie Laurent et Michael Fassbender. Interview.

Bon, comment ça se décroche, un rôle dans un Tarantino ?
Très simplement, en fait. Un jour, une amie directrice de casting me dit : “Tarantino tourne un film en France en ce moment il faudrait que je te le présente”. Je n’ai pas l’habitude de fonctionner comme ça. Qui me dit qu’il a besoin de moi ? Donc je n’y vais pas. On m’en reparle une seconde fois, pareil je n’y vais pas. Un mois après, je me dis que le film est fini, que je le verrai au cinéma. Et au mois d’août dernier, l’assistante de mon agent m’appelle et me dit qu’Olivier Carbone souhaite me rencontrer pour le casting de Tarantino. Donc rendez-vous avec Carbone qui me raconte l’histoire. Je me renseigne de part et d’autre et j’apprends qu’il mature ce projet depuis dix ans sans oser le réaliser. Alors je lis le scénario, et c’est moi de long en large. J’ai un rendez-vous avec lui, puis tout se fait très simplement. On a beaucoup discuté. On devait se voir une demi-heure mais on est finalement resté deux heures à parler. Après cette rencontre formidable, tu ne veux pas revenir en arrière. Tarantino a tout compris, il est simple, génial et possède la détermination d’un Kubrick, c’est rare.

Et avec les autres acteurs, ça c’est bien passé durant le tournage ?
Oui, sympa. Quand tu vois la performance de Brad Pitt dans Inglorious Basterds, il plante encore le clou de son talent. Certes il est omniprésent dans les tabloïds, certes il incarne l’archétype du beau gosse hollywoodien, mais il a ce mérite de pouvoir se permettre de ne pas jouer sur sa gueule pour avoir des rôles. Il sait vraiment ce qu’il fait, il taille la route. C’est un super type : quand mon fils est arrive c’est lui qui me donnait des conseils. Quant à Mélanie Laurent, nouvelle Catherine Deneuve. Et je crois qu’à 26 ans avoir ce rôle là, c’est extraordinaire. Michael Fassbinder c’est devenu un super pote. Il suffit de regarder sa performance dans Hunger pour capter l’étendue de son talent.

Ta carrière est lancée aujourd’hui ?
Je ne sais pas.

Tu ne te poses toujours pas la question ?
Je ne me la suis jamais posée, je veux juste être content de continuer à exercer ma passion avec plaisir. C’est Hugo Verlinde, mon ancien prof, qui me l’a enseigné. Un jour, avant de tourner un court, alors que j’étais dans l’angoisse –
car depuis plusieurs années j’essayais de faire mes films- il me dit : “Tu sais, la meilleure manière d’avancer sans se poser de questions et sans flipper, c’est d’être dans la pratique au quotidien. Comme ça tu n’as pas le temps de douter et tu ne sais même pas à quel moment t’as progressé ou t’as évolué”. Autour de toi on s’en rend compte, mais toi tu es dans ta démarche, tu as la tête dans le guidon et tu ne t’aperçois de rien.

En totale immersion…
C’est la meilleure manière de vivre son art, sa passion. J’essaie tout le temps d’amener un nouveau truc et peut-être que si je m’arrête de courir je vais tomber, mais le jeu en vaut la chandelle.

D’autres projets sur le feu ?
A priori, car on ne sait jamais : avec Wargnier 15 jours avant le tournage tout s’est arrêté. Bon il y a Claude Lelouch qui m’a proposé un rôle d’américain sur son prochain film. Et bosser avec un grand monsieur comme ça pour moi ça
reste super important. Plein d’autres choses mais pour le moment silence.

Interview : Karim Zehouane

Photographie : Serge De Rossi

Published : Printemps/été 2009 – DEDICATE 20

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