BEASTIE BOYS : QUADRAS, BLANCS… ET HIP-HOP !

Cela fait plus de vingt ans que ces trois trublions tracent leur chemin hors des 24 pistes du rap traditionnel. Ils reviennent à la rentrée avec un huitième album “Hot Sauce Committee Pt 1” toujours aussi hip-hop !

The Beastie Boys est un groupe hip-hop, la dernière démonstration remonte à ce début août lors du festival All Point West à Jersey City (un des gros rendez-vous musicaux de l’été de la côte est des Etats-Unis). Cette année la programmation était assez rock, les Yeah Yeah Yeah, Coldplay, My Bloody Valentine … et les Beastie Boys annoncés en têtes d’affiche. Malheureusement, le traitement medical suivi par MCA, oblige le groupe à annuler à la dernière minute. Par qui sont-ils remplacés au pied levé ? Jay-Z, le MC de Brooklyn ! qui démarre judicieusement son set en reprenant “No Sleep Till Brooklyn” un des singles de leur premier album “License To Ill” : Succès garanti !!! Pour les promoteurs, comme pour le public aux anges, ce soir là , il n’y avait pas l’ombre d’un doute : Jay-Z comme les Beastie Boys appartiennent à la même famille musicale.

Bien sûr la dégaine des trois loustics est à des années lumières du look de votre rappeur lambda. MCA, Ad-Rock et Mike D sont plus vieux (quoique…), plus blancs et plus rock : ils ont démarré comme groupe de punk à la fin des années 70. Ce jour là, MCA alias Adam Yauch porte un costume en velours marron clair, Adam Horowitz alias Ad Rock a la dégaine d un skateboardeur attardé et seul Michael Diamond alias Mike D est habillé “normalement”. Or, Mike D, Ad Rock et MCA ne sont pas seulement hip-hop : ce sont des pionniers de cette culture ! The Beastie Boys est une des trois premières signatures (après T La Rock et LL Cool J) du label Def Jam. Ils étaient dans la première tournée rap aux Etats-Unis aux cotés de Run-DMC, Whodini et LL Cool J ! Plus fort : le groupe Public Enemy a fait ses premiers pas en faisant les premières parties des Beastie Boys ! C’est à partir de 1994, avec leur quatrième album “Ill Communication », et notamment le fameux clip “Sabotage”, que le trio va pénétrer tous les recoins de la culture pop. Le magazine Rolling Stones à l’époque qualifie cet album de “B.O de l’été”, et Vibe Magazine (la référence des magazines de hip-hop) désigne les Beastie Boys comme “certainement les plus régulièrement consistants et novateurs de la scène hip-hop”. Aujourd’hui sur ce huitième opus “Hot Sauce Committee Pt 1” ils réalisent une synthèse énergique de toutes leurs influences. Dix huit titres qui nous font passer par tous les états, du gros son funky (“Funky Donkey”), à des juxtapositions de samples inouïes (“Here’s A Little Something For Ya”) en passant par le ska avec “Don’t Play No Game That I Can’t Win” (avec l’efficace Santigold) et par le punk furieux de “Say It”. Leur visite à Paris pour la promo de leur nouvel album était l’occasion de rencontrer les phénomènes. Depuis leurs débuts ces trois amis de vingt ans ont choisi lors des interviews de s’amuser. On est preneur. Spirituels, potaches, passionnants et surtout toujours passionnés ces ados de quarante ans vont nous régaler autant que leur musique.

Can you guys describe each others ?
Mike D: Yauch (NDR l’autre surnom de MCA) and me we’re good. He’s kind of my life coach. Adam is… you know when you see two old ladies that are friends but fight all the time ? That’s us !
Ad Rock : They don’t care for my feelings. They are not there for me when I need help. They are stealing for me. For instance the remote control from my tv set
MCA: Oh do want it back ? It’s in my house if you want it back …
Ad Rock : There is a lot of things. Maybe you can give me your email address so I can explain you the rest.
MCA: These guys are greats ! Even when he says these weirds stuffs it doesn’t bother me: I love them
Ad Rock : Ok I take it back (Rires)
(Mike D comes near Ad Rock)
Ad Rock : Waow dude you’re really way too close…We talked about space before…
Mike D: You see ! Before he even say some shit I already forgave him
Ad Rock : The things that they say about me I keep it to myself. I’m gonna keep it to the grave. Then I’ll come back to haunt them …
MCA: As a monster (Rires)

Quel a été votre processus de travail sur “Hot Sauce Committee” ?
Mike D: Le truc avec nous, et ce depuis nos premiers albums comme “License To Ill”, c’est qu’on commence toujours avec la musique. Nous nous parlons et nous jouons nos idées. Dés que nos musiques sont terminées, on se pose et on se jette sur nos cahiers pour écrire nos rimes. Nous n’écrivons jamais avant d’aller en studio. Cet album n’est pas diffèrent des autres…Musicalement on voulait qu’il y ait une combinaison d’échantillons de choses que nous avions nous-mêmes joués, de programmations, mais également de musiques live.

Comment décrivez-vous votre musique ?
MCA : Tu sais on joue tous d’un instrument. On vient d’un groupe de punk à l’origine.

Oui, mais comme cet album est un mélange de tellement de styles comment définissez
vous votre son ?
MCA: On ne sait pas… Tu as écouté l’album, comment le décrirais-tu ?
Je dirais hip-hop alternatif…
A: Hum…ça n’a pas l’air terrible…, “Alternatif” pour ce qui est du bon hip-hop ?

Non, non pas du tout…peut-être qu’“alternatif” n’est pas le bon terme…
A: Moi je dirais “échappée érotique”…Hum… non laissez tomber ! De nouveau, là aussi je peux t’envoyer un email !
MCA: Je crois que ce qu’il y a d’intéressant dans le hip-hop c’est qu’on utilise différentes formes de musique, Jazz, Rock… Nous dans notre musique il y a aussi l’influence du punk mais cela vient de notre background.

Reconnaissez que vous avez évolué depuis le premier titre de LL Cool J que Ad Rock a produit je crois…
Ad Rock : Tu vois que tu peux être agréable quand tu veux ! (Rires) J’avais l’habitude de trainer tout le temps chez Rick Rubin. Il avait sorti un disque de T-La Rock et Jazzy Jay qui s’appelait “It’s Yours”. C’est le premier disque Def Jam et les gens envoyaient des démos tapes parce qu’il y avait l’adresse de Rick sur le disque. Je faisais l’école buissonnière pour trainer chez lui et écouter les bandes.
MCA: La demo de LL c’était “I Need A Beat” ?
Ad Rock : Non, il rappait sur l’instru de “It’s Yours” et j’ai fait l’instru de “I Need
A Beat”.

Estimez-vous que ce soit une bonne période pour votre musique maintenant que le hip-hop s’ouvre un peu plus ?
MCA: Je ne pense pas qu’il y ait une formule pour que la musique soit bonne ou ait du succès. Il faut juste avoir le bon état d’esprit : le reste ce n’est que des détails.
A: Le plan avec ce disque est de sauver l’industrie du disque ! C’est ambitieux car, comme tu le sais, les ventes de disques s’effondrent, et cet album va relancer toute l’industrie, puis la presse et enfin le monde de la mode. (Rires) ça pourrait marcher, on ne sait jamais…
Mike D: Ce n’est pas une question de succès. En effet nous vivons une période intéressante en terme, plus que de hip-hop mais simplement de musique. Les frontières sont un peu plus floues entre le dancehall, le rap et le rock… Aujourd’hui quelle est la différence entre Kanye et Daft Punk ? Santigold est dans le dernier single de Jay-Z…Ce qui est bien, c’est que les gens ne se sentent plus obligés de choisir un genre musical.

Vous avez connu les années 80 avec une scène club excitante. Pensez-vous qu’aujourd’hui on revienne vers cela ?
Mike D: Je ne sais pas trop…Pour moi le meilleur moyen de résumer les années 80 c’est le travail de DJ hip-hop comme Afrika Bambaata. En une heure il mixait plein de styles de musique et cela rendait bien. Il prenait un break de rock de Led Zeppelin puis un autre des Incredible Bongo Band, puis les Jackson 5 pour finir avec Kraftwerk mais le but était juste de garder l’ambiance funky !

Vous tournez depuis plus de vingt ans qu’est ce qui vous motive encore ?
A: That’s the chance for me to thank my personnal coach ! To be in great hotels, eating good food…That’s fun !
MCA: We are using a lot of steroïds. We do a lot of weight lifting, we’re jumping out of airplanes with parachutes…
A: I’m taking so much stéroïds that right now my back is full of hair. I’ve got literraly a carpet on my back. I don’t know if people can see it …
MCA: By the way how is Cut Killer ?

Il va bien, il continue de mixer…
MCA: I saw him last time I came here to do promotion for my DVD
A: the name of the DVD is “Gunnin for the number One spot” available on Amazon.com
Mike D: Who is this DJ ?
MCA: He’s a kind of Funkmaster Flex over here. He host a big radio show. He is promoting his parties, he’s got mixtapes , a label…We should go see him.

Dernier mot ?
A: Je t’enverrai un email de tout ce dont je n’ai pas pu te parler !
www.beastieboys.com

Texte et interview : Kasongo Sindanu

Photographie : DR

EXTRAIT DEDICATE 21 – Automne 2009

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