A LA REFLEXION…

Pensée profonde, reflet des apparences, la réflexion quelle qu’elle soit, l’expérience nous l’apprend, peut être dangereuse et pour preuve cette histoire grecque véridique mais invérifiable de ce jeune homme, personnage célèbre pour sa beauté. Il s’éprit de sa propre image en se regardant dans les eaux d’une fontaine au fond de laquelle il se précipita et il fut métamorphosé (par les dieux écologistes) en la fleur qui porte son nom.

Sans réflexion il serait resté en vie, momentanément, car dans la vie il y a d’autres dangers qui nous guettent, et nous, nous serions restés sans cette fleur printanière blanche. Narcisse, s’abîme-il dans son reflet sans réfléchir ? La réflexion, c’est quoi ? On peut se poser la question. Réfléchir est un réflexe, naturel, pour un miroir, même sans tain.

Miroir, miroir suis-je la plus belle ? demanda la reine d’un pays sorti directement d’une réflexion et il était dans l’intérêt de la glace de répondre par l’affirmative si elle voulait éviter la casse mais voilà, elle n’était pas assez réfléchie et son histoire s’arrêta là, net, alors que l’histoire, elle, continue.

La lecture aussi, n’est-ce pas, n’est possible que parce que la lumière est réfléchie par la page blanche dans laquelle les parties irréfléchies (noires) que sont les lettres et que notre cerveau, (il est fort) interprète non comme une absence mais comme un plus, un signe. À la télévision aujourd’hui, dixit un PDG de chaîne, “réfléchir est un luxe” dont il faut avoir des moyens et tout le monde ne les a pas. Ayant eu cet écho par un échotier, je me suis senti obligé de le répercuter sans réfléchir.

Écho, répétition d’un son dû à la réflexion des ondes sonores par un obstacle et si on prolonge cette réflexion la prochaine station est l’écholalie qui est la répétition machinale des paroles entendues c’est-à-dire des mots (ir)réfléchis par un esprit qui en l’occurrence se trouve être un obstacle. Mais d’un autre côté on peut dire que les choses ou les esprits qui réfléchissent sont brillants et cela proportionnellement à leur éclat tout en sachant que toute réflexion est superficielle. Il y avait, dans les temps plus propices pour la pensée car on pouvait s’en servir à volonté, un type qui disait et je cite de mémoire (qui n’est pas infaillible) ; je réfléchis donc je suis. Comme quoi la réflexion va dans le temps en s’atténuant pour devenir une rareté et être considérée comme un luxe.

Notre époque, aussi a des gens qui réfléchissent et un parmi de nombreux (pas tant que cela ?) exemples de penseurs, on peut mentionner le nom de Jean Yanne qui raconte une de ses expériences. “Pour arrêter de boire, il faut un déclencheur psychologique. Moi je l’ai eu une nuit. Je rentrais en voiture avec un ami et soudain je lui ai dit : attention à la voiture en face ! Il m’a répondu : mais c’est toi qui conduit ! Cela m’a donné à réfléchir !”

Moi aussi je réfléchis à ce qu’est une idée. Une idée est une idée, si ce n’en était pas une on ne l’appellerait pas une idée, mais au fond de ce qu’est une idée, je n’ai aucune idée.

La réflexion, cet exercice de pensée qui met à distance les certitudes acceptées sans discernement, est une interrogation où la question par la translation qu’elle opère, importe plus que la réponse.

Pour conclure je vous sers une “pensée qui ne sert à rien” d’un certain Deleuze qui dit : “il n’y a rien à attendre de la discussion et de la conversation entre les gens de très bonne éducation.”
Desinit in piscem.

Texte : Las Hart
Illustration : Wildanais

Extrait DEDICATE 15 – Hiver 2008

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