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YELLE – ARCHIVES DEDICATE 32

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Entre Safari Disco Club et le nouvel album ComplĂštement Fou, trois ans se sont Ă©coulĂ©s durant lesquels vous avez continuĂ© Ă  tourner autour du monde. Combien de temps Ă  pris concrĂštement l’écriture du nouveau disque ?
Nous avons tournĂ© pendant un an pour Safari Disco Club puis on s’est reposé  L’album a ensuite pris environ un an et demi. On a fait 3 sessions aux US sur cette pĂ©riode, d’environ trois semaines/ un mois Ă  chaque fois, pour travailler avec Dr Luke et d’autres producteurs de sa team. On revenait en Bretagne entre temps et on avançait sur les instrus mais aussi sur les paroles.

A quel moment la rencontre avec Dr Luke s’est-elle faite et comment ? Les chansons étaient-elles dĂ©jĂ  composĂ©es ?
Il y a quelques annĂ©es Katy Perry nous a demandĂ© un remix d’une de ses chansons, Hot’n Cold, remix que Luke avait beaucoup aimĂ© – il avait composĂ© l’original -. Il s’est intĂ©ressĂ© Ă  nous, est venu nous voir en concert à Los Angeles, mais sans venir nous parler. Il est trĂšs timide ! On a appris qu’il aimait notre musique et on s’est vite retrouvĂ© connectĂ© sur Skype ! On a alors commencĂ© Ă  s’échanger des fichiers, des dĂ©mos de morceaux. ‘Un Jour Viendra’ par exemple a Ă©tĂ© conçu de cette maniĂšre, Ă  distance. Il nous a ensuite invité chez lui Ă  Malibu et nous avons fait plusieurs sessions ensemble en studio.

De quelle façon avez-vous travaillé avec lui et ses collaborateurs ?
Luke est un compositeur mais aussi un directeur artistique. Il aime s’entourer de producteurs de talent, toute une team de gens super douĂ©s, tous trĂšs gentils. C’était vraiment super agrĂ©able de bosser avec eux. Mais si Luke dĂ©lĂšgue, il passe aussi beaucoup de temps en studio ; il aime vraiment ça, composer, peaufiner. C’est un vrai travail d’équipe en fait, cela se fait de maniĂšre assez naturelle. On est parfois parti d’ébauches de prods Ă  nous, parfois des leurs, et parfois de rien
 On se dit par exemple “tiens quel ppm a-t-on envie d’entendre ?”, “On pourrait faire ça comme ligne de basse” etc… Les choses se construisent au fur et Ă  mesure, simplement. Luke cherche tout le temps des accords sur sa guitare, des lignes de chant, des mĂ©lodies.

DEDICATE-DIGITAL_YELLE_01

Robe Julien David

Le rĂ©sultat est vraiment probant ; on sent la patte Dr Luke et pour autant, on est bel et bien et toujours chez Yelle. Avez-vous eu peur Ă  un moment d’ĂȘtre  vampirisĂ©s par un producteur amĂ©ricain aussi frontalement FM ?
Il faut savoir que GrandMarnier est impliqué dans chacune des chansons. Il est le producteur principal des albums de Yelle depuis toujours. La rencontre avec Luke and co est donc une vĂ©ritable collaboration. On a ouvert le cercle et on est super contents, le ping-pong crĂ©atif s’est avĂ©rĂ© hyper stimulant.

Vous Ă©tiez trois sur le prĂ©cĂ©dent album, qu’advient-il de Tepr sur ce nouvel opus ?
Tepr n’apparaĂźt pas sur cet album. AprĂšs la tournĂ©e Ă©reintante de Safari Disco Club, il a dĂ©cidĂ© de se concentrer sur son projet solo, qui devrait sortir bientĂŽt.

Quelle va ĂȘtre la nouvelle formation scĂ©nique du coup, Ă  l’orĂ©e d’une grosse tournĂ©e mondiale ?
Deux batteurs (GrandMarnier et Franck, un ami briochin
oui, de Saint Brieuc !), un ordinateur, et moi. Donc un show trùs visuel et trùs rythmique !

Vous bossez avec un scénographe ?
Non on prĂ©pare tout tout seul en ce moment mĂȘme ! On aimait l’idĂ©e de 2  batteries, du cĂŽtĂ© trĂšs symĂ©trique que ça engendre, cet effet miroir entre les garçons. On bosse actuellement avec Jean-Paul Lespagnard sur nos nouvelles tenues de scĂšne mais c’est encore top secret !!!

J’ai lu que Candide de Voltaire avait Ă©té une influence durant l’écriture du disque. La spontanĂ©itĂ© est un Ă©lĂ©ment cher Ă  Yelle, rĂ©current. Comment reproduire cette candeur sur chaque disque ?
Je pense que c’est profondĂ©ment mon tempĂ©rament, j’aime la vie et je suis naĂŻve. GrandMarnier sait capter ça, on s’harmonise d’un seul et mĂȘme mouvement !

Il est aussi question de Stendhal dans l’album, ou plutĂŽt du ‘syndrome de…’ ; ce vertige devant la beautĂ©. Florence en Italie, c’est un peu votre Week-end Ă  Rome ?
Ce serait surement un peu prĂ©tentieux de dire ça mais on est particuliĂšrement fier de cette chanson. C’est la premiĂšre fois qu’on parle d’un lieu d’une maniĂšre trĂšs descriptive, trĂšs rĂ©fĂ©rencĂ©e. C’est un peu notre Loguivy-de la-mer – une chanson de François Budet, mon papa ! – .

On imaginait Yelle davantage séduite par des villes branchées ?
Nous avons fait un concert pour KitsunĂ© à Florence l’annĂ©e derniĂšre et eu un Ă©norme crush pour cette ville, mais il y en a plein d’autres qu’on adore bien sĂ»r, NY et Tokyo en font partie.

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Manteau & chaussures Jil Sander, collier Edda Bongo

La Jeune fille garnement du disque, c’est toi Julie ?
Je suis quelqu’un d’acharnĂ© mais ça n’est pas moi non, je n’ai pas toutes ses arriĂšre-pensĂ©es !

LĂ  encore, la chanson fait un peu ricochet au BĂ©bĂ© Vampire de Lio. Votre amour de la french pop semble indĂ©fectible ?! Tu en as marre des fois qu’on te compare Ă  elle?
Si il y a un clin d’oeil dans cette chanson, c’est plutĂŽt au BĂ©bĂ© requin, de France Gall en fait.

Et t’en pas marre de dĂ©couvrir des artistes avant tout le monde (Yoann Lemoine aka Woodkid ou encore Madeon) ?
Ah ah ! C’est vrai qu’on rencontre souvent des gens qui vont loin dans leur  dĂ©veloppement personnel et artistique, c’est plutĂŽt cool ! AprĂšs, ces talents existeraient sans moi hein !

Grand Marnier et toi ĂȘtes restĂ©s trĂšs attachĂ©s à votre Bretagne natale, vos racines, voir mĂȘme Ă  la nature. Yelle est pourtant complĂ©ment ancrĂ© dans l’air du temps. Comment restez-vous connectĂ©s ?
Tout le monde est connectĂ© de la mĂȘme façon dĂ©sormais et on a la chance de voyager beaucoup. La Bretagne, c’est notre “this must be the place”, notre fontaine! C’est tellement cool la vie ici, sans dec.

C’est l’endroit qui vous inspire le plus pour crĂ©er ?
C’est en effet le meilleur spot pour se recentrer et reprendre des forces. C’est aussi un coin apaisant et inspirant oui, mĂȘme si on a dĂ©couvert que l’on pouvait crĂ©er ailleurs – mais toujours dans une situation oĂč l’on se sent bien -. En revanche on a du mal Ă  composer sur la route. On a besoin de quelques repĂšres et surtout, ĂȘtre en tournĂ©e est vraiment intense. On prĂ©fĂšre s’y consacrer et vivre chaque chose en son temps!

Vos lyrics sont souvent doux-amer, sucré-salés; vous aimez cette dualité ?
Oui, le double sens fait partie de notre façon de nous exprimer. Jouer avec les mots, faire ressortir diffĂ©rentes significations dans une mĂȘme phrase, selon le contexte dans lequel tu l’écoutes, c’est intĂ©ressant et ludique. En mĂȘme temps, on s’en rend souvent compte aprĂšs coup, ce n’est pas forcĂ©ment calculĂ©. Dans Ba$$in par exemple, “fais des ronds avec ton bassin” peut aussi vouloir dire “fais de l’argent avec tes fesses” ! C’est assez drĂŽle.

Vos compos sont aussi rĂ©tro-futuristes, c’est lĂ  encore le rĂ©sultat d’opposĂ©s. Certains titres sont plutĂŽt 80ties, d’autres influencĂ©s par les annĂ©es 90, et pourtant la production est toujours ultra edgy. LĂ  encore, petite schizophrĂ©nie ?
On veut volontairement faire avancer le schmilblick et en mĂȘme temps on est attachĂ©s à des rĂ©fĂ©rences de notre passĂ©, des sonoritĂ©s, des ambiances. C’est cool si le rĂ©sultat de tout ce mĂ©lange sonne “unique”. Cela vient aussi et surtout du fait qu’on Ă©coute beaucoup de choses trĂšs variĂ©es ; de la pop française ou anglo-saxonne, du rock, du rap, du classique, du jazz, mĂȘme du traditionnel (la Bretagne!). La pop française de Daho, Souchon, Elli & Jacno, Lio ou Chagrin d’Amour, ça nous suit sur tous nos albums. Je ne saurais pas vraiment dire ce que l’on a Ă©coutĂ© en particulier pendant la composition du nouveau disque
 mais un paquet de de trucs en tous cas.

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Veste Acne Studios

Sur le titre Coca Sans Bulles, qui se passe pendant une fĂȘte, tu sembles ne pas vraiment savoir si tu t’amuses ou pas. On sent que tu cherches presque Ă  te convaincre que si. C’est un feeling que tu ressens parfois ?
Oh oui comme tout le monde ! Il ne faut quand mĂȘme pas se voiler la face, la moitiĂ© des fĂȘtes dans lesquelles tu vas sont un peu nulles


Vous allez toujours en clubs ?
Oui on sort toujours bien sĂ»r! On adore danser l’un comme l’autre alors quand l’occasion se prĂ©sente, on y va !

Tu trouves pas que l’époque est peut-ĂȘtre un peu trop hĂ©doniste et que ça cache quelque chose de louche, de plus grave ? Un peu comme vos textes d’ailleurs, assez happy-sad.
ComplĂštement d’accord, l’époque est chelou, ça fait un peu peur mais j’ai l’impression que pour le moment c’est juste un chaos, une foultitude de points d’interrogation, et que tout ça va se dĂ©canter, qu’on va comprendre les choses bientĂŽt. Je reste nĂ©anmoins hyper optimiste et mĂȘme si on a toujours envie Ă  un moment d’évoquer des choses plus profondes ou tristes dans nos chansons, je suis quelqu’un de joyeux avant tout.

Tu as co-écrit certains textes avec Jerome Echenoz (aka Tacteel, du groupe TTC, ndlr). Tu peux nous parler un peu de lui et de votre collaboration ?
JĂ©rĂŽme a sorti un EP qui nous a beaucoup plu, Le chrome et le coton.  GrandMarnier le connaissait Ă  l’époque d’Institubes et a renouĂ© contact avec lui pour parler de nos nouvelles chansons. L’entente a Ă©tĂ© parfaite, il est venu chez nous, on a fait des sessions d’écriture en mangeant des crĂȘpes, on est devenu un super potes !

“Nos Ă©tats sont unis, baisons comme de bons amis” / “je te prĂ©cipite dans la chute de mes reins” / “j’ai massĂ© tout ton corps Ă  la force de ma bouche” / 
Le nouvel album est trĂšs charnel, voir sexuel. Question freudienne : consciemment ou pas ?
On aime beaucoup le contact physique oui ! Pas toi (rires) ? C’était en tout cas complĂštement spontanĂ© et sans limites ! On a souhaitĂ© Ă©crire de la mĂȘme façon qu’on parle, c’est Ă  dire de tout et de maniĂšre parfois assez frontale, c’est vrai. Nous ne nous sommes pas dit “on va faire un album sexy”, mais on s’est laissĂ© toute la libertĂ© et la latitude dont on avait envie dans l’écriture. Ce n’est qu’à la fin qu’on a constatĂ© qu’on parlait quand mĂȘme beaucoup de sensualitĂ© !

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Pourquoi vos titres Nuits de Baise (Part 1 et 2) sont-ils si courts ? Presque des interludes. Vous n’aviez pas envie de faire durer le plaisir?
C’est la premiĂšre fois que Yelle s’essaye à ce principe d’interludes ; penser “album” dans sa globalitĂ© et pas juste “successions de chansons”. On trouve ça cool d’avoir ces respirations, et Ă©ventuellement aussi
 de frustrer un peu.

Julie dans une interview rĂ©cente tu parlais de bisexualitĂ©. Tu as l’impression que les lignes bougent ? Est-ce qu’il serait complĂštement fou selon toi d’imaginer un jour un monde entiĂšrement bisexuel ?
Je pense qu’on est tous un peu comme ça, tout dĂ©pend des rencontres que tu fais. J’aime croire qu’on peut ĂȘtre attirĂ© par les gens de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, aimer quelqu’un dans l’absolu. Pour ma part, je n’ai jamais eu de vĂ©ritables expĂ©riences de ce type mais je n’ai jamais fermĂ© la porte, c’est certain !

Vous avez eu trĂšs bonne presse sur le prĂ©cĂ©dent album en France – des Inrocks au Monde en passant par TĂ©lĂ©rama -. Pourtant Yelle reste encore parfois un peu incompris ici, alors que les US vous ont toujours rĂ©servé un accueil super chaleureux. Comment expliquer ce dĂ©calage ?
C’est une grande question ! Je pense qu’en France on a un peu perdu les gens un moment avec des collaborations hyper pop comme celle qu’on a faite avec Mickael Youn pour Parle à ma main. Nous ne regrettons absolument rien, on est trĂšs fier de tout ça, mais on sait qu’une partie du public français a besoin de ranger les gens dans des boĂźtes bien distinctes. On a quand mĂȘme sorti un remix estampillĂ© Tektonik chez KitsunĂ© ! On aime bien ça, faire tomber les barriĂšres, ça nous ennuie les Ă©volutions prĂ©visibles. Les amĂ©ricains ont cette force d’ĂȘtre beaucoup plus spontanĂ©s, c’est vraiment “j’aime” ou “j’aime pas”. Ils ne se demandent pas dans quelle case vous rangez et si cette case est ok pour mon profil.

Complùtement Fou vs Completely Crazy : un album en anglais un jour pour faire chavirer toute la planùte et fondre l’antarctique ?
Non, ça n’est pas prĂ©vu car nous sommes attachĂ©s Ă  notre identitĂ© ! En revanche on vient de bosser sur une application iPhone qui te permettra de lire les paroles en français ET en anglais, pour ceux qui aimeraient les traduire ou les comprendre ! L’appli s’appelle “Yelle Translator” !

www.yelle.fr

DEDICATE-DIGITAL_YELLE_06

Images produites par Dedicate Team, Réalisation James V. Thomas

Interview Philippe Laugier

ARCHIVES DEDICATE 32 – Automne-Hiver 14/15

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