À force de repeindre les cartes en vert, Paris avait fini par frôler la monotonie. Puis Tékés a choisi de faire du légume une signature, pas un alibi. Rue Saint-Sauveur, à deux pas de Montorgueil, l’adresse impose une direction tellurique.
Le nom signifie cérémonie. Le programme aussi. Pas de liturgie figée, plutôt un rituel contemporain où la table devient scène.
Deux accès, deux atmosphères. Côté club, la verrière capte le ciel et transforme l’espace en serre urbaine le jour, en bar végétal à la nuit tombée. Côté restaurant, la cuisine s’expose sans filtre. Flammes visibles, gestes francs, brigade en mouvement. Les assiettes ne surgissent pas en silence ; elles arrivent dans un ballet précis.

Dans le détail, la ligne est nette : végétarienne, saisonnière, inspirée par Jérusalem sans folklore. Autour, un paysage de mezze déroule tahini d’amandes, babagganoush, massabaha d’haricots blancs, légumes rôtis, pains chauds parfumés aux épices, au sumac, à l’origan. Cru, braise, fermentation, herbes fraîches : la cuisine jérusalémite s’exprime dans le dialogue entre héritage et modernité. Rien d’ornemental. Tout est pensé pour la sensation.
Les cocktails suivent la même discipline. Herbes ciselées, fruits de saison, épices choisies avec méthode. Chaque verre répond à une assiette, prolonge une note, relance une saveur. Pas d’effet surcharge décorative.
Ce qui marque, au-delà du goût, relève du climat. Lumière qui évolue, énergie palpable, verres inspirés de l’artisanat oriental, couverts aux lignes archaïques, céramiques presque primitives, participent à cette impression d’assister à quelque chose de construit dans les moindres détails. La table se transforme au fil du service, s’enrichit, se densifie.

Aucune morale verte, aucun argumentaire militant. Simple démonstration qu’un répertoire végétarien peut viser l’intensité, la générosité et la sophistication sans perdre son axe. Paris affectionne les adresses conceptuelles ; celle-ci préfère la cohérence radicale. Tékés est une cérémonie contemporaine où le légume tient le premier rôle, sans doublure.
Rédaction : Rania Harrath




