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HERVÉ LASSINCE,  Ainsi sommes-Nous…

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Photographe de l’intime et du désir, il nous ouvre les portes de son univers singulier, entre confidences et réflexions. Hervé se livre sans détour sur son parcours atypique, ses inspirations, et la force politique de ses photos. Rencontre avec un artiste qui, à travers son objectif, célèbre la beauté des corps, la complexité des sentiments et la liberté d’être soi. Plongez dans sa première monographie 2011-2024 intitulée Nous (aux éditions Opuntia) où la photographie devient un acte de vie, d’amour, de mémoire et d’engagement pour encore mieux défendre l’universalité humaine.

Comment vas-tu ?
Je vais très bien, vraiment. C’est une période intense, pleine de projets. Selon les moments, je suis scénariste, acteur, photographe… Cela dépend de ce que la vie m’apporte. Par exemple, récemment, j’ai eu la proposition d’éditer ce livre, et en même temps, deux galeries – l’une à Paris, l’autre à Seattle aux États-Unis – m’ont proposé d’exposer mon travail. C’est stimulant, même si cela demande de l’énergie et une certaine capacité à s’adapter à chaque rôle, à chaque opportunité.

Ton parcours est atypique. Comment es-tu venu à la photographie, sans passer par une école d’art ?
C’est vrai, je n’ai pas suivi le parcours classique. Je n’ai pas fait d’école d’art, je n’ai pas le bagage académique du photographe traditionnel. Mais j’avais des choses à exprimer, et c’est cela qui m’a poussé vers la photographie. Être acteur, c’est passionnant, mais tu restes l’interprète d’univers qui ne sont pas forcément les tiens. Parfois, tu t’y conformes, tu fais de ton mieux, mais il y a toujours une distance. J’avais besoin de dire des choses qui venaient de moi, de mon vécu, de mes émotions. La photographie s’est imposée comme un langage accessible, direct, qui me permettait d’exprimer ce que je portais en moi.

Tu dis être devenu photographe par amour, pourrais-tu arrêter de photographier par amour?
Je ne me suis jamais retrouvé dans cette situation, mais si, par exemple, j’avais un amoureux très jaloux qui refusait que je photographie des garçons, je pense que je trouverais toujours un moyen d’exprimer quelque chose, autrement. Je photographierais des moutons dans le maquis, pourquoi pas ! Ce qui compte, c’est l’élan créatif. D’ailleurs, je sens que dans les années à venir, j’aurai envie d’explorer d’autres territoires, de sortir de ma « chambre bleue », d’aller vers d’autres sujets, d’autres paysages. J’ai déjà commencé, un peu, dans mon livre, à intégrer des paysages, même si ce n’est pas mon domaine de prédilection. Mais j’aime l’idée de me renouveler, d’essayer, de me confronter à d’autres formes, d’autres horizons.

Tes photos sont lumineuses, mais il y a une mélancolie qui les traverse et les rend poétiques. D’où vient-elle, selon toi ?
C’est une question qui m’a longtemps échappé. J’avais l’impression de photographier la fête, la sexualité, la joie, la liberté. Mais une amie m’a fait remarquer qu’il y avait une mélancolie dans mes images. Tout artiste porte une part d’inconscient dans sa création. On ne sait pas toujours pourquoi on photographie telle chose, pourquoi on sélectionne telle image. Dans la photographie, il y a l’acte de prendre la photo, mais aussi celui, tout aussi important, de choisir, de trier, de retenir. Dans mes photos, il y a effectivement une sorte de nostalgie, une conscience du temps qui passe. Mon livre couvre treize années d’images. Certains couples que j’ai photographiés n’existent plus en tant que couple, certains des modèles sont morts depuis. La photographie, avec son silence, ensevelit beaucoup de souvenirs. Comme le disait Hervé Guibert, chaque photo est une petite tombe. C’est fort, mais c’est vrai : on engloutit, on ensevelit des moments, des visages, des histoires. Mais j’essaie aussi de montrer des choses positives, apaisées, loin de la violence ou de la noirceur que d’autres photographes, comme Nan Goldin, ont pu explorer.

Pourquoi la couleur et jamais le noir et blanc ?
J’utilise parfois le noir et blanc, mais pour moi, c’est lié à l’argentique. Transformer une photo couleur en noir et blanc en numérique me paraît étrange, presque artificiel. Mes photos sont très colorées, cela adoucit la mélancolie dont on parlait. J’aime la couleur, surtout quand je voyage, en Afrique, en Inde, dans le sud de la France. La couleur, c’est aussi une façon de donner de la douceur, de la chaleur, de la vie à mes images. Même si j’admire beaucoup de photographes qui travaillent en noir et blanc, comme Eugene Richards, ce n’est pas mon univers principal.

Tu as aussi photographié des personnalités pour la presse. Pourquoi ne pas les inclure dans ton livre ?
Je trouve que cela aurait vraiment ressemblé à autre chose. Les portraits de people, ce n’est pas ce que je préfère, même si j’en fait pour la presse. Les contraintes sont fortes : peu de temps, des artistes parfois réticents. Je préfère photographier mes proches, c’est plus naturel, plus intime. Les portraits de commande, c’est un autre exercice, qui ne correspond pas à ce que je veux raconter dans mon livre. J’aime aller chez les gens, voir leur intérieur, capter quelque chose de leur univers, mais cela reste différent de la démarche personnelle qui anime mon travail.

Comment captes-tu ce moment flou entre la spontanéité et la mise en scène, qui caractérise tant de tes photos ?
Parfois, je place les gens, je leur suggère une attitude, mais souvent, c’est sur le moment, dans l’élan. J’adore quand mes modèles proposent eux-mêmes sans y penser des attitudes, des gestes, des postures que je n’aurais pas imaginées. Il faut savoir observer, capter ces cadeaux merveilleux. Parfois, une pose inattendue, un bras qui se tord, un visage alangui, tout cela crée une friction, une tension qui me plaît beaucoup. J’aime cette frontière entre le naturel et l’artifice, entre le vécu et la représentation.

La photographie, c’est aussi une façon de passer derrière la caméra, de faire du cinéma autrement ?
J’adore le cinéma, c’est vrai. Mes photos sont souvent au format horizontal, celui du cinéma. Mais ce que j’aime dans la photographie, c’est la liberté, la nonchalance, la possibilité de saisir l’instant sans la lourdeur de la production, du financement, de l’organisation d’une équipe. Peut-être qu’un jour je réaliserai un film, j’y pense parfois, mais pour l’instant, la photographie me va bien. Elle me permet d’être à la fois documentariste et metteur en scène, de capter des moments, des atmosphères, des lumières, sans contrainte.

Que rêves-tu de photographier que tu n’as pas encore shooter ?
Il y a toujours des images qu’on n’a pas pu faire, des scènes qu’on n’a pas pu saisir. Récemment, j’ai découvert les bains japonais, les onsen, et j’y ai vu des scènes magnifiques, presque irréelles, mais il est interdit d’y photographier. C’est frustrant, mais cela fait partie du jeu. Sinon, je suis toujours hanté par les images manquées, les moments où l’appareil n’était pas là, ou où je n’ai pas osé déclencher. Mais c’est aussi ce qui nourrit le désir de continuer, d’aller plus loin, de ne jamais s’arrêter.

Y a-t-il des limites, une auto-censure dans ta photographie ?
Oui, bien sûr. Par pudeur, je n’ose pas sortir mon appareil lors d’enterrements, quand une amie pleure, ou quand quelqu’un refuse d’être photographié. Je respecte toujours cela. Il y a des situations où la photographie serait une intrusion, une violence. Je ne veux pas forcer, ni blesser. Chacun a ses limites, ses zones d’ombre, ses fragilités. Je les respecte, même si parfois, l’envie de capter un moment fort est là.

En quoi tes photos sont-elles politiques ?
Oui, c’est politique, même si ce n’est pas militant au sens classique. J’ai souffert d’un manque de représentation de l’amour homosexuel, de la sexualité homosexuelle. Montrer des garçons qui s’aiment, c’est important, c’est une façon de dire que nous existons, que nous avons droit à l’amour, à la tendresse, à la beauté. Mais j’aime aussi le désir, l’amitié, la complexité des relations humaines. Mes amis, qu’ils soient homos ou hétéros, acceptent de se laisser photographier, c’est aussi un acte politique, une façon de briser les tabous, de montrer que l’humanité est diverse, multiple, riche de toutes ses différences.

Tu sembles vouloir réconcilier l’humanité avec toutes ses différences…
Oui, c’est naïf, mais j’y crois. Il y a des forces qui essaient de nous diviser, de nous opposer, mais on est tous un peu pareils. Dans mon livre, il y a des drag-queens, des trans, des couples, des familles, des amis… J’aime montrer cette diversité, cette humanité partagée. Je crois à la force de l’image pour rapprocher, pour ouvrir les esprits, pour faire tomber les barrières. L’amour, la tendresse, la complicité, ce sont des valeurs universelles, qui dépassent les genres, les orientations, les origines. C’est ce que je veux montrer.

Le nu et le désir sont très importants dans ton travail, est-ce une façon de célébrer la vie ?
Il y a un côté hippie, mythologique, adamique. Le nu permet de donner un côté intemporel aux photos, d’effacer les marques sociales, les signes extérieurs. C’est devenu ma marque de fabrique, même si cela met parfois certains spectateurs mal à l’aise. La nudité, c’est aussi une façon de rendre les gens plus vrais, plus proches, plus vulnérables. C’est une célébration de la vie, du corps, du désir, de la beauté simple et brute. J’aime cette idée que le nu relie à l’histoire de l’art, à une tradition ancienne, universelle.

L’amour comme acte politique, c’est ce qui transpire de tes photos ?
Il y a toujours de la tendresse, de l’amour, même de l’admiration pour mes modèles. Je ne photographie que des gens que j’apprécie, que j’aime, que j’admire. Il y a une dimension politique dans le fait de montrer l’amour, la tendresse, la complicité, surtout dans un monde où tout pousse à la division, à la méfiance, à la peur de l’autre. Mes photos sont un plaidoyer pour la diversité, pour l’ouverture, pour la liberté d’être soi.

Quelles sont tes influences, tes sources d’inspiration ?
Nan Goldin, bien sûr, mais aussi le ténébrisme d’un Caravage. J’ai découvert la photo à la bibliothèque de Créteil, en feuilletant des livres. D’autres photographes m’inspirent, mais aussi mes proches, mes amoureux, les situations vécues, les rencontres, les voyages. Je suis très attiré par l’art en général, par la lumière, les couleurs, les matières. Ce qui m’inspire le plus, ce sont les gens, leurs attitudes, leurs gestes, leurs regards. Il y a une pulsion scopique très forte chez moi, un besoin de regarder, d’observer, de capter ce qui se passe autour de moi.

L’édition de ton livre fut un travail collectif ?
C’est mon ami Pascal Gonzalvez qui m’a proposé de faire livre. On a travaillé à trois, avec Arnaud Homann le designer graphique. J’adore confronter deux images, créer des diptyques, des associations inattendues. Parfois, les rapprochements sont purement chromatiques, parfois symboliques, parfois personnels. C’est un vrai travail d’équipe, où chacun apporte sa sensibilité, son regard, ses idées. J’aime cette dynamique, cette émulation, cette capacité à se laisser surprendre par les propositions des autres.

Quels sont tes projets pour 2026 ?

Je repars un mois au Bénin en janvier, un pays magnifique, riche en couleurs, en rituels, en rencontres. J’y ai déjà fait des photos, un peu de vidéo aussi. J’ai des amis là-bas, j’ai envie de les retrouver, de continuer à explorer ce pays fascinant où j’adore participer à des cérémonies vaudou. C’est absolument fascinant. Je dois aussi jouer au théâtre, dans une création de Macha Makeïeff. Et puis je vais  évidemment continuer la photographie, c’est certain. Je ne sais pas encore où cela me mènera, mais je suis ouvert à toutes les surprises, à toutes les aventures.

Un mot pour conclure ?
J’aimerais que le livre soit vu par un maximum de gens. C’est un pari risqué pour l’éditeur, alors j’espère qu’il trouvera son public. La photographie artistique ne rapporte pas grand-chose, mais c’est une passion que je veux partager. Ce qu’on peut me souhaiter, c’est que les lecteurs aient la curiosité de découvrir ce travail, de s’y plonger, de s’y reconnaître, peut-être, ou d’y voir autre chose. L’essentiel, c’est que les images vivent, qu’elles circulent, qu’elles touchent.

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