PAUL KALKBRENNER, ABSOLUT BERLINER !

La chute du Mur de Berlin fut un choc fondateur dans la vie de Paul Kalkbrenner, né à Leipzig en Allemagne de l’Est en 1977. Grâce à la réunification, l’artiste a accès à la révolution techno alors en marche… 12 ans après son premier maxi, « Paul db+ » le petit poulain d’Ellen Allien est devenu un vrai cheval de course pur sang qui remplit désormais les Zéniths européens. C’est en pleine tournée festive, que le génie de l’électro teutonne nous présente « Icke Wieder » (À nouveau moi), son déjà 5e opus sorti en juin dernier sur Rough Trade…
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Comment vas-tu en cet automne 2011 ?
Bien puisque je suis en pleine tournée depuis l’été pour jouer mon dernier album en live.

Tout petit, tu as commencé par la trompette…
Oui, j’ai joué de la trompette gamin.  Mais maintenant je ne sais plus du tout en jouer. J’ai arrêté à 13 ans. Je n’avais plus envie d’en jouer 4h par jour surtout l’été lorsque tous les autres garçons sortaient avec des filles.
 
Comment es-tu passé à l’électro ?
Au début des années 1990, il y a eu la Technotronic. Et les passages instrumentaux, avec seulement de la musique électronique, me plaisaient vraiment beaucoup. J’ai alors débuté avec Sasha Funke. Ça fait plus de 20 ans que l’on se connaît. Dans notre lycée, nous étions les seuls à nous intéresser vraiment à la musique Techno. Nous avons commencé à acheter plein de vinyles et essayé de rentrer dans des clubs à Berlin. C’était nos tous débuts.

Et puis tu t’es lancé tout seul à l’aube du nouveau millénaire ?
J’ai effectivement continué tout seul en sortant mon tout premier EP sur B-Pitch control en 99. Tout reposait sur le Hardware à l’époque, il n’y avait pas encore de logiciels pour ce genre de musique, ou très peu…. j’ai donc tout appris seul, en expérimentant, ce qui me permet d’ailleurs, maintenant, de faire du vrai live sur scène.
 
Tu as intitulé ton 1er EP « Friedrichshain », est-ce que ce quartier de Berlin symbolise quelque chose de particulier pour toi ?
Oui, j’y ai habité à l’époque de sa sortie. C’est de là que vient le nom, mais j’ai d’abord vécu 20 ans à Lichtenberg (ex Berlin Est), puis 10 ans à Friedrichshain et maintenant j’habite Mitte.

Comment as-tu rejoint le prestigieux label BPitch Control ?
En 99, avec Sascha, nous avons fait la connaissance d’Ellen Allien lors de soirées en clubs. Un jour, elle nous a invités à lui faire écouter un de nos morceaux. Ce qui est drôle c’est qu’à l’époque nous avions enregistré nos morceaux sur des cassettes et elle nous a conseillé  d’investir dans du meilleur matos, surtout dans le numérique, sinon ça ne marcherait pas… C’est ce que j’ai fait.

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Cherches-tu à transmettre quelque chose avec ta musique ?
L’art doit parler de lui-même. Ma musique dit déjà tout. Je n’ai rien de plus à expliquer la concernant. C’est comme dans les cours de littérature allemande quand il faut interpréter un poème de Goethe, par exemple, en le disséquant. Goethe se retournerait dans sa tombe s’il savait qu’on fait ça. La seule question qui se pose est : est-ce que ce poème me plaît ou pas ? L’auteur s’est tout simplement assis devant sa table, a éprouvé un sentiment, l’a poétisé. Des gens l’ont lu et s’en sont réjouis. Je travaille de la même manière. Je vais dans la pièce où il y a mes équipements, je fais ce qui me passe par la tête, je trouve ça super, je l’enregistre. Puis d’autres l’écoutent aussi et trouvent ça bien ou pas. Fin de l’histoire. Il ne faut pas trop sur-analyser.

En live, tu es un des rares à utiliser toujours beaucoup de hardware (ndlr : Sur scène, Paul utilise actuellement le séquenceur Ableton Live, une console de mixage analogique 16 voies, un contrôleur MIDI evolution UC16 et 2 interfaces audio RME fireface 400)
Je fais un mélange des deux, mon show est, ainsi, encore plus live. L’ordinateur peut faire beaucoup, mais avec plus de hardware je suis plus libre sur scène. Avec seulement un ordinateur et un contrôleur, je devrais toujours les checker. Avec le hardware, je travaille sur mon mixeur et je peux ainsi faire la fête en même temps avec le public. Je fais quelque chose de vraiment différent sur scène.
 
Comment le projet du film « Berlin calling » sorti en 2008 (ndlr : Prix du public Arte pour le meilleur long métrage) a-t-il commencé ?
Ce projet a duré 5 ans. Au début j’étais plus ou moins conseiller, puis un jour ils m’ont dit : « tu ne voudrais pas faire la B.O ? ». J’ai retouché et développé le script avec Hannes Stöhr, le réalisateur. Il travaillait sur les généralités et je me concentrais sur les détails qui donnent cette authenticité au film. Le rôle principal s’est, du coup, de plus en plus rapproché de moi. Je ne sais plus quand exactement il a été clair que le protagoniste ne serait pas qu’un simple DJ mais un producteur d’électro, avec son ordi, qui veut aller sur scène, jouer. Finalement, Hannes m’a dit : « c’est toi qui dois jouer le rôle d’Ickarus ! ». J’ai accepté.

Est-ce que jouer un peu ton propre personnage t’a plu ?
Oui, c’était une super expérience, surtout de travailler dans une équipe, avec 70 personnes. J’avais une responsabilité par rapport au projet. Il fallait se réveiller à 5h30 et ce n’est pas vraiment dans les habitudes d’un producteur de Techno. Je ne me réveille pas, en général, avant 13H. C’était ça le plus dur !
 
Qu’est-ce que « Berlin calling » tend à montrer ?
Nous avons surtout voulu montrer le monde du clubbing-techno, du djiing électro et des fêtes berlinoises, des drogues et toute cette merde, mais également voulu évoquer des problèmes plus universels que chacun connaît : les conflits avec sa copine, avec son père, ce que l’on a raté… Pour Hannes, c’était vraiment l’idée de représenter un artiste, un combattant dans son environnement, comment il compose avec et s’en sort en créant son œuvre.

As-tu fait une pose depuis le succès du film «Berlin calling » et après  ta précédente tournée triomphale pour promouvoir sa B.O ?
Je n’ai à aucun moment voulu me poser. J’ai pris du temps pour produire en studio et me poser les bonnes questions entre deux lives. Je n’ai jamais arrêté de composer pour pouvoir accoucher de ce nouvel opus intitulé « Icke Wieder ». C’est une sorte de renaissance avec un son très “old school”. Je voulais plutôt un retour aux origines que quelque chose qui rompt avec le passé. Et je voulais vraiment un album qui soit, autant fait pour faire la fête à la maison, que pour danser sur les dancefloors.

C’est clair qu’après le tubesque « Sky and Sand » (2009) on attendait une nouvelle bombe pour les dancefloors…
J’aurais effectivement pu refaire un second hit comme « Sky and Sand », j’ai encore des vocaux de Fritz sur mon ordinateur mais ce n’était pas mon but. Malgré des sonorités parfois douces et plus mélodieuses, « Icke Wieder » est aussi un album qui peut se révéler parfois carrément agressif sur scène tellement il est  pêchu par moment. C’est un véritable album fun et plein d’énergie, pour faire la fête où que tu sois.

Enfin, quel serait ton vœu le plus cher maintenant que tu en es arrivé là ?
J’aimerais avoir le temps de prendre le temps !

Interview : Cyril Xavier Napolitano

Photographie : DR

EXTRAIT DEDICATE 27 – Automne-Hiver 2011

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