FUTURA 2000, RETOUR VERS LE FUTUR

Pionnier du graffiti new yorkais, Futura 2000 – alias Lenny Mc Gurr – ne semble pas prêt de prendre sa retraite. Du haut de ses 56 ans, il reste un éminent ambassadeur de l’abstract graffiti et le prouve une nouvelle fois en collaborant avec la maison de Cognac Hennessy. Rencontre avec un personnage qui a laissé sa trace autant sur les murs que dans la culture hip hop mondiale et de partager sa vision du street art conjuguée au passé, au présent et au futur.

En 1980, tout juste âgé de 25 ans, comment imaginais-tu le futur ? Pouvais-tu imaginer te retrouver un jour ici, à Cognac, invité par la maison Hennessy comme une légende vivante du graffiti ? 
Oh, non. Bien sûr que non. Je ne m’imaginais pas un instant que ma vie serait celle d’un artiste ! J’ai commencé à peindre dans la rue et le métro en 1970. Et, après quatre années au service des Marines, à mon retour à New York en 1978, la scène graffiti avait littéralement explosée. Mes amis me poussaient à reprendre part au mouvement mais je n’en étais plus sûr. À cette époque, je n’étais sûr de rien, sauf d’une chose : je voulais trouver une femme et fonder une famille. Je n’ai jamais imaginé, ni souhaité, devenir célèbre… D’ailleurs, ma notoriété passe souvent au second plan. Ma vie ne se résume pas à être « Futura ». Il y a beaucoup d’autres choses qui comptent pour moi, comme ma famille par exemple.

Pouvais-tu imaginer que le mouvement graffiti prendrait autant d’ampleur ?
À l’époque, nous peignions uniquement des trains et personne n’y prêtait vraiment attention. Nous n’avions pas de réelle exposition et encore moins de crédibilité artistique ! Ce n’est qu’en 1982, quand j’ai été invité à exposer à Paris que j’ai commencé à envisager ma vie comme celle d’un artiste.

Justement, je crois que tu as un lien assez particulier avec la France, n’est-ce pas ?
Je suis venu pour la première fois à Paris en 1981. J’accompagnais le groupe The Clash lors de sa tournée. Autant dire que ce fut un moment très excitant ! C’est ici que j’ai rencontré ma femme, alors journaliste chez Europe 1. En revanche, je n’ai jamais vécu dans la capitale française plus d’un mois. Difficile pour moi de me résoudre à quitter New York…

Tu as pourtant beaucoup exposé en France…
Oui. À mes débuts, j’ai eu l’opportunité d’exposer dans la galerie Yvon Lambert. À l’époque, les jeunes artistes parisiens, petits protégés de ce galeriste, avaient écrit sur les fenêtres : « Fous le camp », « Fuck you Futura ». Ils étaient certainement guidés par la jalousie… Toujours est-il que lors de ma seconde exposition, j’ai tenté une autre approche. Je me suis présenté comme un confrère en leur proposant de mener des projets ensemble. J’ai gagné leur confiance et leur soutien. Finalement, les brimades du début ont eu un effet positif sur notre relation ! D’ailleurs, plus tard, ces graffeurs se sont excusés de m’avoir malmené. Mais bizarrement, j’aurais préféré qu’ils ne s’excusent pas ! Être détesté ou jalousé faisait partie du jeu…

Tu as pourtant beaucoup exposé en France…

Oui. À mes débuts, j’ai eu l’opportunité d’exposer dans la galerie Yvon Lambert. À l’époque, les jeunes artistes parisiens, petits protégés de ce galeriste, avaient écrit sur les fenêtres : « Fous le camp », « Fuck you Futura ». Ils étaient certainement guidés par la jalousie… Toujours est-il que lors de ma seconde exposition, j’ai tenté une autre approche. Je me suis présenté comme un confrère en leur proposant de mener des projets ensemble. J’ai gagné leur confiance et leur soutien. Finalement, les brimades du début ont eu un effet positif sur notre relation ! D’ailleurs, plus tard, ces graffeurs se sont excusés de m’avoir malmené. Mais bizarrement, j’aurais préféré qu’ils ne s’excusent pas ! Être détesté ou jalousé faisait partie du jeu…

Penses-tu que le vandalisme forge la crédibilité d’un graffeur ?
Non, il y a des règles à respecter… Même si celles du graffiti ne sont pas gravées dans le marbre. Je me souviens de ces deux kids qui avaient vandalisé le Louvre dans les années 1980. Je ne pouvais pas comprendre ce geste de “dégradation gratuite” car il me semble qu’il existe de nombreux espaces pour s’exprimer…

Et à l’inverse, que penses-tu des artistes qui intègrent directement les galeries d’art ?
Quand certains intègrent des écoles d’art pour apprendre à devenir « artiste » et exposer, d’autres se servent de la rue comme d’une petite fenêtre pour montrer leur travail. Et puis, il y en a quelques uns qui veulent brûler des étapes… Entre un opportuniste et un vrai « street artist », certains ne verront peut-être jamais la différence, mais il y aura toujours des graffeurs – comme moi – ou des connaisseurs pour juger du véritable talent de chacun.

Comment imagines-tu le futur du graffiti ?
Le graffiti se renouvelle en permanence. Il reste encore quelques puristes qui continuent à peindre à l’ancienne, c’est-à-dire à la bombe, mais je remarque que la jeune génération cherche souvent à employer des méthodes plus rapides et plus faciles à maitriser comme les pochoirs, la sérigraphie ou le collage. Regardez Shepard Fairey, Banksy ou Swoon…

Te considères-tu au sommet de ton art ou cherches-tu encore à t’améliorer ?
Je veux plus de temps ! J’ai 56 ans et j’aurais bien besoin de trente ans encore pour continuer à m’épanouir. Actuellement, je traverse une période très enrichissante de ma vie, autant sur le plan créatif qu’humain. Comme le dit le slogan d’Hennessy « Never stop, never settle »… Pourvu que cela dure encore, le plus longtemps possible !

Interview : Pauline Lévignat

Photographie : Richard Schroeder

Published : Automne-Hiver 2012/13 – DEDICATE 29

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