FLORENCE AND THE MACHINE : LA REVANCHE D’UNE BRITISH CHAPERONNEE DE ROUGE

Muse mélodieuse à la mécanique bien huilée, tout droit sortie d’un tableau de Manet, Florence Welch déverse sa pop bienfaitrice sans fausse pudeur ni demi-mesure.  Chevelure incendiaire à la verve piquante, « I’m not calling you a liar » déploie à pleins poumons, un attribut vocal des plus féroces.

Immersion d’une douce violence insidieuse, dans l’univers féerique d’une jeune british chaperonnée de rouge qui s’est frottée au loup et a fini par le dresser. Car nul ne pourrait nier, aussi grande l’oreille soit-elle pour mieux écouter cette jeune femme-enfant, que « tel est pris qui croyait prendre. »

Peux-tu nous décrire ton processus de création ? Où, quand et comment ?
Il n’y a pas de réelle structure prédéfinie. Tout dépend du moment où mes pensées prennent formes, cela peut être dans le métro, chez moi ou en studio. J’ai toujours un carnet sur moi pour y inscrire quelques paroles. Lorsque je suis en studio, le plus souvent je vais écrire l’intégralité des morceaux, la mélodie et les paroles avant de composer la musique.  Mais il m’arrive également de commencer par pianoter, la musique s’inscrit alors en premier, puis viennent les paroles. En réalité, il s’agit de trouver le meilleur moyen de retranscrire ce que j’ai dans la tête. Beaucoup d’idées me viennent à l’esprit durant la nuit, et je suis plutôt prolixe le matin, mais il n’y a pas de règles.

Qu’est-ce que le « darkness » pour toi ?
Il fait partie de mon imagination, je suis sujette aux cauchemars. Mes pensées sont assez liées à des choses sombres, c’est l’un des tréfonds de mon esprit.  Une sorte d’angoisse sous-jacente.

Il y a une certaine violence dans ton album, mais jamais gratuite, avec une réelle volonté de construction positive. « My boy builds coffin ». « He made one for himself, one for me too and one of these days he’ll make one for you. » Peut-on être heureux dans la noirceur, l’obscurité ?
Tout dépend de la manière dont vous abordez vos peurs  et de l’état d’esprit dans lequel vous êtes. Il s’agit de tendre vers quelque chose de positif. La musique a une réelle incidence bienfaitrice sur ma vie, jusqu’à me rendre physiquement joyeuse. Mes paroles sombres sont sans doute le moyen de convertir ce que je ne comprends pas ou ce qui me fait peur en un medium qui me rend heureuse. Elles sont le reflet de quelques profonds ressentis.

 

Tu remercies ta famille, tes amis, et semble avoir grandi dans l’amour et l’harmonie. Cependant, tes textes décrivent l’amour comme un combat. Kiss with a fist « a kick in the teeth is good for some, a kiss with a fist is better than none ».Ne veux-tu pas être aimée comme Cendrillon ? 

J’ai toujours essayé de créer des images dans la tête des gens et celles qui me semblent les plus attractives sont viscérales, de celles qui titillent l’imagination. Cette chanson a un côté enjoué, mais j’ai grandi  en jouant dans un groupe de punk sans jamais penser à écrire « a nice love song ». Cette agressivité permanente dans le jeu et les paroles m’a sans aucun doute influencée. Je suis davantage intéressée par l’amour dans ce qu’il a de violent, bien plus que dans sa douceur.

Tu as une image, sur scène, dans ton album et bien plus encore dans ce que tu transmets, sombre mais esthétique, comme une peinture de « Caravage ». Est-ce un rôle ou une partie de toi ?
En réalité, je voulais créer quelque chose d’intemporel, d’éternel qui ne soit pas propre à un moment ou à un lieu. Telle une peinture, ou l’œil d’un photographe retraçant l’illusion d’une réalité. Nous nous sommes inspirés des Préraphaélites, d’artistes comme Waterhouse ou Monet. Créer quelque chose de beau qui se suffit à lui-même.  J’avais besoin d’exprimer visuellement ma musique. Capturer l’esprit de cet album aux travers des photographies, des costumes et des créations. Le prochain album pourrait avoir une tout autre image, tout dépendra de son processus de création, de l’univers dans lequel il se construira.

« I’m in the grind of a hurricane, I’m going to blow myself away » Est-ce vrai ?
Parfois, il arrive de s’égarer un peu. Souffrir au point que plus rien ne puisse vous atteindre, et se sentir alors invincible ou au contraire, s’abandonner au chaos.

Ta carrière a débuté lorsque, un peu saoule, tu as convaincu Mairead Nash en poussant la chansonnette dans les toilettes d’un Night Club. Un peu fou, non ? On dit que le génie et la folie sont séparés par le succès, qu’en penses-tu ?
J’étais saoule. Si je ne l’avais pas été, les gens auraient probablement dit de moi que j’étais folle, mais étant saoule, l’alibi était tout trouvé. «  OH, you were drunk ! » Je suis assez impulsive et j’ai su saisir les bonnes opportunités qui jusqu’à présent ont été couronnées de succès. C’est assez vrai.  Si je m’étais mise à chanter dans ces toilettes et que Nash n’ait pas apprécié, ça aurait sûrement eu l’air complètement fou. Finalement, tout découle de la folie, mais la qualité du produit détermine le succès.

 

Dans l’une de tes interviews, tu émets l’idée de donner une telle énergie sur scène dont tu puisses en mourir ? As-tu des limites ?
La scène est un réel exutoire, mais tout dépend du public. C’est une question d’échange. « You kind of feed off each other. The more excited they get, the more excited I get and it’s like everyone is going there together. » Je ressens la musique, je la vis, elle m’est bénéfique. J’aime partager ce bonheur qu’elle me procure. Bien sûr, je peux m’user de jouer le même album encore et encore, mais lorsque vous avez eu la chance qui est la mienne, vous trouvez l’énergie nécessaire pour dépasser ce sentiment.

Un truc dingue ?
Après une nuit dehors à sept heure du matin, nous sommes montés avec des amis, en haut d’un arbre dans un square public de Soho en plein milieu de Londres. Nous hurlions aux passants : « It’s time to go to work. You’re late ! »

À qui jetterais-tu ta petite culotte lors d’un concert ?
« Oh god ! » J’aime trop mes culottes, et de toute façon, celles que je porte remontent jusqu’à la tête. Alors elles finiraient sûrement à la poubelle !  J’ai chanté avec Patrick Wolf sur scène, il est incroyable. Je suis une grande admiratrice, enfin, dans la limite du raisonnable car lorsque je rencontre l’un de mes fans avec mon visage tatoué en grand, c’est toujours impressionnant.

À qui aimerais-tu être comparée ? 
Probablement Patrick Wolf, Nick Cave ou Tom Waits, j’aime davantage être comparée à des hommes. Je crois qu’il y a un aspect assez masculin dans ma musique.

Si tu devais être un Super Héro ?
« Poison Ivy », la vilaine dans Batman.

Une mauvaise habitude ?
Trop analyser les choses. Pessimiste, m’imaginer toujours le pire.

Un conseil ?
« Don’t drink coffe when you have a bad hangover, drink tea ! »

Quels étaient tes rêves à 6 ans, 20 ans et aujourd’hui ?
Être zoologiste. Puis chanteuse  et aujourd’hui, voyager, et faire un second album. Cette vie peut être difficile parfois mais je fais le métier de mes rêves !

Si j’étais « Florence and the machine » quelle question me poserais-tu ?
Quelle chanson voudrais-tu que l’on joue lors de tes funérailles ?
Tout dépend des jours, mais je dirai «  Paint it black » des Rolling Stones ou peut être « Bigger than hip hop » de Dead Prez.

www.florenceandthemachine.net

Interview : Jessica Segan

Photographie : Anne Combaz

EXTRAIT DEDICATE 22 – Hiver 2010

 

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