COLD WAR KIDS, CHAUDS COMME LA BRAISE.

Révélé en 2006 grâce à leur rock torturé, Cold War Kids en a remis une couche avec Mine is Yours, troisième album plutôt musclé. Avant la tournée des festivals de l’été, rencontre dans un hôtel parisien à l’heure de l’apéro – qu’entament allègrement le chanteur Nathan Willett et le bassiste Matt Maust.

Une entrecôte saignante et une bouteille de vin rouge, c’est à peu près tout ce dont rêve la moitié de Cold War Kids présente ce soir à Paris. La capitale française a été l’une des premières villes à flasher sur le quatuor californien. « Nous sommes encore surpris de la façon dont nous avons été adoptés en France, en Belgique et en Allemagne, explique Nathan Willett. J’ai le sentiment de comprendre ce qu’aiment les Français, et que c’est réciproque. »

Retour en arrière. Il y a quelques poignées d’années, les Californiens Nathan Willett (chanteur, pianiste et guitariste), Jonnie Russell (guitariste, chanteur), Matt Maust (bassiste) et Matt Aveiro (batteur) se sont d’abord illustrés dans du rock résolument alternatif… Après les grincements de « Hang Me Up To Dry », single cinglant du premier album du groupe, Robbers & Coward, le tube tout trouvé de Loyalty to Loyalty, « Something Is Not Right With Me » les fait connaître d’un plus large public. Mais le disque est moins chéri par la presse. Une remise en question est alors nécessaire. « Nous avons réalisé qu’il y avait des choses que nous ne faisions pas comme il faut, raconte Willett. Comme enregistrer rapidement afin de rester spontanés dans notre approche de la musique, alors qu’il faut du temps pour travailler un album. ». Niveau influences, Cold War Kids s’est détaché de ses héros tourmentés du rock british pour se rapprocher d’avantage des groupes de guitares californiens.

Ce que Willett confirme : « au début du groupe, nous nous étions créés des personnages, un peu comme le fait Nick Cave. Le premier album était fictionnel, le second plus poétique, mais sans audace. Pour le troisième, j’ai du beaucoup travailler pour que les morceaux soient personnels tout en étant bien calibrés. Mine is Yours a été difficile à faire mais il nous reflète vraiment plus, et représente une vraie évolution. Nous avons le sentiment de développer notre propre patte, notre marque de fabrique. » Mine is Yours est en effet plus pop, plus accessible, plus solide. Sans perdre le chant de chat écorché de Willett. « La pop nous gagne, car elle en demande toujours plus, explique celui-ci. La dichotomie entre indie et pop nous a souvent semblé absurde. C’est ce qu’explique très bien le documentaire sur Blur, No Distance Left Around, qui nous a d’ailleurs donné envie d’être plus transparents, plus accessibles. » « En ce moment, nous écoutons Gorillaz et Kayne West !, rajoute Matt Maust. Nous adorons aussi courir les expositions, surtout de photographie contemporaine, et souffler en dehors de la musique, même si elle constitue 90% de notre oxygène. » On lui rappelle alors sa propre activité artistique. Matt Maust dessine et fait des collages volontairement bancals et toujours drôles : l’une de ses expositions s’appelait « I’m celebrating my love for you with a pint of beer & new tattoo » ! Willett s’en amuse encore.

Ce troisième album confirme d’ailleurs la solidité de Cold War Kids, loin du cliché du groupe de rock belliqueux : ce qui est à toi est à moi, et vice-versa. Mine is Yours, donc. « Il fait allusion au bon et au mauvais à partager dans une relation, comme celles que nous avons les uns avec les autres, commente Willett. Nous tenons à notre authenticité, d’autant que nous n’avons pas de label ou de manager qui nous disent quoi faire. » « C’est une véritable amitié qui nous unit, rajoute Maust. Ca nous permet d’accomplir beaucoup ensemble, même si nous avons du mal à nous gérer mutuellement : nous sommes tellement les uns sur les autres ! Il faut respecter nos individualités et ce qu’elles nous apportent au sein du groupe. » Comme s’ils avaient peur de s’arrêter, les garçons de Cold War Kids se remplissent, parfois des mois à l’avance, un agenda de ministre. En 2010, ils ont bouclé l’album entre Long Beach, New York et Nashville, avec le fameux producteur Jacquire King (habitué des Kings of Leon ou de Norah Jones), tout en commençant une tournée internationale. Et cet été, ils joueront aux Solidays, aux Vieilles Charrues, à Glastonbury et à Main Square. Prêts à conquérir le monde ? « Nous avons beaucoup misé sur cet album, approuve Willetten en levant sa bière. Il nous ouvre les portes de pays ou de salles qui ne nous étaient pas destinés. Nous aimerions suivre les traces d’un groupe comme The National, par exemple, dont nous sommes admiratifs. Ils ont une sorte d’intelligence sauvage dont nous nous sentons proches ».

Cette intelligence sauvage, on peut la ressentir lors de leurs concerts, où le groupe se montre tel qu’il est : soudé, généreux et exalté. Attention, le Cold War Kids millésimé 2011 va taper fort cet été !

Texte : Sophie Rosemont

Photographie : Lucy Hamblin

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