LES GRANDES CAUSES DU ROCK

A priori, un bel oxymore. Et pourtant, rock et rébellion s’entichent souvent de justes  actions.  On se souvient volontiers du crémeux Give Peace A Chance de Lennon ou du festival Live Aid monté par l’immense Bob Geldof. Que reste-t-il de nos batailles amplifiées pour un monde meilleur ? À l’heure du sommet de Copenhague sur le péril climatique, qu’en est-il de l’implication de nos rock stars fétiches ?

Éludons de suite un malentendu. La grande cause française n’a que faire du rock pour appeler au soutien. Elle préfère se concentrer sur de la soupe (qu’on ne filera pas, pour le coup, aux Restos) à tendance variétés pour ne pas choquer le spectateur, prêt à signer un joli chèque. Pas la peine d’espérer voir du subversif, on est là pour remplir des caisses, pas pour éveiller des consciences. Dont acte.Une cause vaut-elle plus qu’une autre ? Mieux vaut-il s’engager ici, plutôt que là ? De tout temps, la question reste tacite. Quand on choisit de l’ouvrir, c’est pour un sujet porteur. La famine, un cessez le feu, la lutte des classes et des races, l’écologie sont davantage porteurs qu’une diatribe entendue sur la grippe A H1/N1.

Éludons de suite un malentendu. La grande cause française n’a que faire du rock pour appeler au soutien. Elle préfère se concentrer sur de la soupe (qu’on ne filera pas, pour le coup, aux Restos) à tendance variétés pour ne pas choquer le spectateur, prêt à signer un joli chèque. Pas la peine d’espérer voir du subversif, on est là pour remplir des caisses, pas pour éveiller des consciences. Dont acte.Une cause vaut-elle plus qu’une autre ? Mieux vaut-il s’engager ici, plutôt que là ? De tout temps, la question reste tacite. Quand on choisit de l’ouvrir, c’est pour un sujet porteur. La famine, un cessez le feu, la lutte des classes et des races, l’écologie sont davantage porteurs qu’une diatribe entendue sur la grippe A H1/N1.

Quand Sinnead O’ Connor déchire une photo de Jean-Paul, le public frémit davantage que lorsque Garou éructe « on compte sur vous ». Tracy Chapman, plus posée, chante le racisme, la pauvreté ou encore la condition de la femme. À l’inverse Dolores O’Riordan (The Cranberries) affiche son opinion rétrograde contre l’avortement, mais prend position contre l’IRA dans le succès Zombies. L’Irlande donc. Sujet porteur qui met le cœur en branle d’une des plus grosses formations rock : U2. Le titre Sunday Bloody Sunday, relate les événements de Londonderry, où 14 manifestants pacifiques (pour les droits civiques) furent abattus par l’armée britannique. Un succès énorme, un classique dont l’authenticité reste intouchable.Plus problématique reste le cas Woodstock. D’une idée de génie mercantile, ce rassemblement est devenu l’étendard du festival pour la paix. Quitte à oublier que les recettes devaient financer le studio d’enregistrement de l’organisateur. Hippie mais stratège avant tout… Plus proche de nous, le Powerstock Festival en Italie, projet présenté à l’UNESCO en 2006, éveille une conscience écolo autour des musiques électroniques. Manifestation davantage préventive, elle est contre les guerres d’avenir (accès à l’eau douce, par exemple). Moby s’y est notamment produit dans un immense parc d’éoliennes.

Aller à contre-sens de l’opinion populaire est également très apprécié. En 2004, la tournée Vote For Change (Springsteen, REM, Pearl Jam, etc.) qui militait contre une nouvelle élection de Georges Bush allait à contrario des idées d’une Amérique républicaine.  Malheureusement, un coup pour rien. Neil Young convaincra davantage en 2006 avec son Let’s impeach the President. Chez nous, Noir Désir militait contre l’extrême droite et principalement Le Front National dans une France qui a toujours eu peur de l’étranger. Immigration choisie, débat sur l’identité nationale : deux nouvelles grandes causes qui devraient lever les boucliers des artistes. Ah non, pardon, on m’apprend que le Téléthon mobilise davantage. Bertrand, reviens.

Il est toujours facile de mettre en doute l’implication des artistes dans une grande cause. (Pour la blague, Les Fatals Picards excellent en ce domaine en fusillant Les Enfoirés.)  Lorsqu’en 1969, Lennon veut rendre  sa décoration de membre de l’empire britannique pour pester contre le soutien de son pays dans l’invasion américaine au Vietnam, n’est-ce pas aussi le serpent qui se mord la queue ? De même, Sting grand militant écologique, qui voyage seul en jet privé sur ses tournées attise les railleries.

L’écologie donc. Autre cheval de bataille qui en impose sur un CV. L’engagement dont on n’a pas à rougir. Inattaquable, évident et opportun. Mickael Furnon et son Respire, L’hymne de nos campagnes de Tryo, s’assurent le banco, sur une cause noble quoi qu’il en soit. Marvin Gaye semblait néanmoins plus convaincant et rageur dans son What’s Goin’ On…Restent d’autres légendes impliquées dans des combats politiques ou sociaux : The Clash, Rage Against The Machine. Dans une moindre mesure, Massive Attack et Radiohead. L’engagement fait encore recette. Les grandes causes ont de beaux jours à venir.

Texte : Noésis

Illustration : Benjamin Savignac

EXTRAIT DEDICATE 22 – Hiver 2010

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