Yarol Poupaud le rock dans la peau

Depuis le début des années 90, cet insatiable multi instrumentiste et producteur de talent a imposé son énergie à la scène rock française. De l’insolent groupe FFF à la tournée actuelle de Johnny, Yarol est capable de tout !

Peut-on revenir sur tes débuts qui remontent déjà à loin puisque tu as commencé très tôt à faire de la musique ?
C’est vrai ! En dehors d’avoir la chance énorme d’être musicien, j’ai aujourd’hui la chance de faire le métier dont je rêvais depuis tout petit. C’est Elvis qui m’a donné l’envie d’être rockeur alors que je n’avais pas encore l’âge de raison. J’ai donc tout fait pour le devenir, tout en m’entraînant autant que je le pouvais sur ma guitare, je suis allé jusqu’au bac afin de rassurer mes parents et enfin pouvoir m’investir entièrement dans la musique. Ensuite, j’ai rencontré Marco (Prince, le chanteur de FFF, ndlr). Deux ans plus tard, nous étions dans la camionnette de FFF en tournée ! Tout s’est passé très vite.
Le rôle de FFF a été fondamental pour la scène rock française…
Cela a été quinze ans d’euphorie ! Certes, le dernier album du groupe a un peu moins marché car notre lassitude transperçait à travers nos morceaux, alors que notre fusion s’entendait dans les disques précédents. Mais au bout d’autant d’années passées ensemble les uns sur les autres, il était normal de vouloir faire autre chose, de regarder vers d’autres horizons… De mes 20 à mes 35 ans, ma vie a été réglée comme du papier à musique, justement : le studio, la tournée, le studio, la tournée, etc. S’en est suivie une période où j’ai un peu tourné en rond, même si j’ai toujours fait beaucoup de choses, notamment de la production et de la réalisation. J’ai préféré accoucher des projets autres que les miens….
Et de faire découvrir des jeunes talents , comme cela a été le cas au tout début des années 2000 avec les Rock’n’roll Friday?
Oui, ceux que l’on appelait les bébés rockeurs ! Dont faisaient partie les BB Brunes – un excellent groupe mené par un garçon très talentueux, Adrien Gallo. J’étais heureux de les faire monter sur scène aussi jeunes. Même si on sait tous que 17 ans, c’est l’âge normal pour faire du rock – il suffit de penser à Eddie Cochran ! Du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés avec toutes les maisons de disques aux basques, qui nous suppliaient d’avoir tel ou tel groupe. Nous avons dû gérer qui voulait aller où et pourquoi, les parents qui s’en mêlaient… Tout n’a pas été si rose.
Adrienne Pauly , The Parisians, Ultra Orange… Tu as beaucoup produit, tout en menant de front ton propre label, Bonus Tracks Records, avec ta compagne Caroline de Maigret. Et l’année dernière, tu as formé un nouveau groupe… Black Minou !
Caroline et moi avons souhaité faire une pause avec notre label, car le live me manquait. J’adore travailler en studio avec d’autres artistes, mais ma vraie place, c’est d’être sur scène avec une guitare… et de jouer ! De plus, si je sais très bien gérer le travail de producteur comme je le conçois, le boulot de marketing, de promotion et de fabrication… c’est encore autre chose. J’ai donc monté Black Minou avec mon frère Melvil. En ce moment, nous préparons notre premier album. Je suis en train d’écrire les morceaux…
Comment Black Minou est-il né ?
Il y avait le Lautrec, un bar dans mon quartier, à Pigalle, où il y avait la possibilité de jouer en toute intimité, sans prise de tête… Cela me titillait sérieusement. J’ai appelé mon frère et un ami, nous sommes montés sur scène sans compositions, sans préparation, devant un tout petit public. Au début, c’était des reprises : nous sommes allés dénicher des perles pas très  connues, de Chuck Berry à LCD Soundsytem en passant par les Rolling Stones.L’accueil a été si chaleureux que nous avons réalisé qu’il fallait finalement aller plus loin !

 

 

Autre projet récent qui en a surpris plus d’un : ton investissement dans la tournée de Johnny Hallyday …
C’est une vraie chance : on peut difficilement faire plus gros que Johnny en France ! J’ai vécu des moments de scène parmi les plus forts de toute ma vie. À l’origine, il était question de travailler sur les arrangements, et je me suis finalement occupé de la direction musicale. Johnny me répétait souvent qu’il aurait aimé faire partie d’un groupe. Le but du jeu était donc qu’il se sente comme tel. J’ai laissé les autres musiciens apporter leur touche personnelle, leurs idées… Je souhaitais que ça sonne de manière très organique, contrairement à d’autres tournées récentes de Johnny, et qu’il y ait une couleur seventies, comme lors de ses lives de l’époque. J’ai aussi fait le choix de rester fidèle aux versions originales des disques, qui ont été enregistrés dans des studios exceptionnels, avec des musiciens de la trempe de Jimmy Page… Tout de même !
Une actualité à venir avec Johnny Hallyday est encore prévue pour 2013 ?
La plus grosse partie de la tournée avec Johnny est terminée, mais nous reprendrons autour du 15 juin, pour fêter ses 70 ans, avec notamment des Bercy à Paris, des Arènes de Nîmes… Nous allons assurer une quinzaine de dates avant de repartir à l’étranger en novembre. Avec Johnny, on sait quand ça commence, mais jamais quand ça finit !
Parlons un peu de tes influences. Si tu devais emmener une poignée de disques sur une île déserte, lesquels serait-ce ?
Un best of de Chuck Berry, Let It Be des Beatles, Beggars Banquet des Rolling Stones, Powerage d’AC/DC, un Robert Johnson, un Elvis et un des premiers albums de Bob Marley. Et des préludes de Bach au piano, afin d’en avoir pour toutes les humeurs. Le temps peut être long sur une île déserte… (sourire)
Carlos d’Olivier Assayas , Bus Palladium de Christopher Thompson, Trop de Bonheur de Cédric Kahn, Frères : la roulette rouge d’Olivier Dahan… Un certain nombre de bandes originales de films figure également dans ta discographie. Le 7ÈME art et toi, c’est une affaire qui roule ?
Depuis toujours ! J’ai grandi dans le cinéma, ma mère y travaillait. Elle nous a élevés avec, ce n’est pas pour rien que mon frère est devenu comédien… Ce que je préfère, c’est les films noirs et les westerns, l’époque américaine des années 30, le cinéma italien, la Nouvelle Vague… J’ai donc très envie de continuer à composer des musiques de film. Évidemment, on ne va pas m’appeler pour des films d’époque, car j’ai une image de musicien rock. Cela étant, composer quelque chose de très différent, ce serait un challenge qui ne me dérangerait pas du tout ! Quand on voit ce que Sofia Coppola a fait du point de vue sonore avec Marie-Antoinette, tout est possible.

Quel est ton regard sur la scène rock française actuelle ?
Lorsque je vois des groupes comme Skip The Use ou ShakaPonk, qui vendent des disques et remplissent des stades en chantant en anglais, je suis ravi pour eux. J’aime aussi les Gush, qui sont des amis, ma copine Lou Doillon, dont le premier album est très réussi. J’ai aussi repéré La Femme, un jeune groupe hyper intéressant…
Que penses-tu des artistes qui figurent dans ce dossier consacr é à la jeune scène française ?
Je trouve les chansons de Mesparrow très jolies, très inspirantes, bien réalisées. Marshmallow est une formation qui a un talent incroyable de songwriting. Ils ont vraiment beaucoup sué, ils ont écumé les scènes avant de sortir ce premier album – sur lequel j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler. Les membres de Granville, eux, sont dans la lignée de Françoise Hardy, France Gall, de la pop yé-yé… Ce genre de musique que les étrangers adorent ! Enfin, The Dedicated Nothing cultivent la culture un peu punk et skate de la Californie, mais en version Biarritz : cela me plaît. Ils ont d’ailleurs ce côté new-wave très aimé des Français depuis Taxi Girl et Etienne Daho…
Qui n’est pas forcément ta tasse de thé, donc ?
Cela me parle moins parce que j’aime avant tout le blues, le soul, le hip-hop, le rock’n’roll de Little Richard… bref, de la musique noire. Mais plus il y a des musiciens créatifs en France, mieux c’est ! Le succès de Housse de Racket ou de Phoenix me réjouit, même si l’électro-pop n’est pas ce que j’écoute vraiment.
Le rock français, c’était mieux ou moins bien avant ?
Il y a toujours eu des groupes qui osaient faire du rock, comme Noir Désir ou la Mano Negra… Ou même Téléphone ! Je suis bluffé par leur capacité à avoir percé avec une telle aisance. “Quelque chose en toi ne tourne pas rond”, c’est vraiment un refrain hyper fédérateur ! Pour ma part, je n’ai jamais réussi à écrire en français, cela me semblait presque déplacé, mon oreille était trop habituée à l’anglais. Alors que des artistes comme Johnny Hallyday ont su chanter en français et sonner rock. Ses adaptations du genre “Elle est terrible” étaient hyper efficace et contournaient complètement le ridicule.
Si c’est aussi bien aujourd’hui, et que l’on ressent une véritable effervescence créative , pourquoi a-t-on l’impression que les groupes luttent pour sortir du lot?
Le souci, c’est qu’il n’y a que la presse musicale qui s’y intéresse réellement. Les portes radiophoniques sont fermées à ce qui se passe actuellement. La télé, c’est pire que jamais : les émissions musicales disparaissent ou se réduisent au fil des années. Les Français ont toujours aimé ce qu’ils connaissaient…
Pour terminer, comment définirais-tu le rock’n’roll?
Par une guitare électrique. Je pense aussi à ce que disait Keith Richards… que pour lui le plus difficile n’était pas le rock, mais le roll !

www.bonustracksrecords.com

INTERVIEW Sophie Rosemont

PHOTOGRAPHIE Philippe Mazzoni

Extrait de DEDICATE 30 – Printemps/Été 2013

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