FREEGAN, C’EST PARTY

Les freegans sont les nouveaux activistes de la poubelle. Leur nourriture, ils ne la trouvent pas au supermarché bio du coin de la rue, mais dans les bennes à ordures du fond de leur cour.

Putain, trop ça craint, ma petite cousine a viré freegan! Imagine le bad pour ma grand-mère quand elle a retrouvé la gamine la tête dans le vide-ordures de la copropriété. Parait qu’elle se nourrit depuis 3 mois exclusivement d’aliments trouvés dans les poubelles; soit un régime alimentaire 100% déchetarien comme disent les journaux. Truc de dingues. Remarque, ma petite cousine a toujours été la première à kiffer sur les dernières modes mystico-chelou : elle a vécu dans une yourte, bu son urine tous les matins pendant un mois, et même fait un kid avec un druide. Désormais, elle mange la bouffe clean jetée par les restos et les supermarchés de son quartier.

D’après ce que m’a raconté mon pote Google, le truc des freegans, est politique ! Ou une énième tentative de faire la nique au modèle capitaliste, ouais-ouais, ce vilain machin qui produit les marchandises aussi rapidement que les déchets. Vlà l’ambiance : Hey, trashers and sisters, nos bennes ne débordent pas que d’ordures. Grattez un peu, ya aussi moult invendus, des tonnes de surplus, tous les pas-voulu parce que un peu abîmés ou à peine périmés. Le mode d’action des freegans, c’est l’urban foraging. En VF : la plongée en décharge. Bouches-toi le nez, et bon appétit.

J’ai réussi à expliquer à grand-mama le côté anti-gachis et bla-bla-bla, mais son big drama, c’est l’hygiène, bordel !  Dimanche soir à l’heure du diner, ma cousine n’a rien trouvée de mieux que de s’enflammer à table en mode evergreen : “Manger des déchets est un droit ! Grâce à l’immunovolution, de toutes façons, je ne crains plus rien. Moi, freegan expérimentée, je peux digérer toute forme de nourriture, là où un novice accoutumé aux aliments-surhygiéniques-de-la-grande-distribution se tapera de sacrées diarrhées”. Beurps & snif. C’est là que ma grand-mère est partie se coucher en pleurant, avec une tisane, et deux Lexo.

Espèce de petite ordure ! Continue comme ca et je t’enmène faire des courses la tête la première dans la poubelle de la cuisine. Et arrêtes de te la pêter avec ton nouveau champ lexical trouvé dans un propsac, tout ça pour parler de défense immunitaire (à) sa (grand) mère. Quoi ? La révolution passe par la non-consommation ! Mais oui ma petite chérie, va dire ça à mon pote SDF. Tu crois pas qu’il y a déjà assez de monde à manger sur le couvercle pour que tes potos bobos arrêtent de squatter la cantine des clodos. Parce que ce délire de freeganisme, ça n’est pas que le truc des alters vénères qui défoncent les vitrines des starbeuuuuurk, c’est aussi celui des bouffons thunés qui y achètent leur herbal tea à 5 euros. Bang & snif.

Ma petite cousine est elle aussi partie se coucher en pleurs, mais avec de l’herbe bio, et un Xanax trouvé dans le caniveau.

Je me souviens de cette scène d’American Psycho ; quand Patrick Batman prend son pied à ridiculiser le homeless vautré la main tendue devant son immeuble de Park Avenue. Imagine, 10 years later, le Pat serait en train de se fighter avec le même Weirdo pour un bagel aux raisins trouvé dans une poubelle.

Texte : Oliver Schmitt
Illustration : Lea Rowena

Extrait DEDICATE 16 – Printemps 2008

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