DECIBELS AU PAYS DE CIBELLE

Un décor apocalyptique de jungle sur un rocher flottant aux rivages sonores inédits. Bienvenue au « Las Vênus Resort Palace Hotel » où Sonja Khalecallon et Los Stroboscopious Luminous délivrent une musique exotica mutante, langoureusement sauvage.

Non, non, vous ne rêvez pas, voici le troisième album de Cibelle, musicienne brésilienne de Londres, co-réalisé avec Damian Taylor, directeur musical de Björk. Une bande son pour cabaret tropical post-nucléaire ciselée de doigts de fée. Sculpturale !

Où puises-tu l’inspiration et qu’as-tu souhaité apporter avec cet album ?
J’ai construit cet album comme un film, une sorte de cabaret qui se joue du début à la fin. Je voulais que ce soit une parenthèse de détente, qu’à l’écoute on se sente transporté, ailleurs, en vacances. Assumer mon exotisme, l’exagérer et y inclure tout ce qui est considéré comme ringard et vulgaire avec moins de sérieux et plus de fun. Je suis fatiguée de la « cool attitude », calculatrice, sans jamais être trop provocatrice. Allons plus loin, soyons fous, dépassons les limites, crions s’il le faut et laissons l’énergie sortir. Je voulais être folle, ne rien m’interdire sur cet album et oublier ce qui semble être cool aujourd’hui. Je me suis donc transformée en cette « show girl » décadente, qui chante dans le dernier cabaret de la planète. En premier lieu, c’est un message de bienvenue « Come in ! » Et puis cette parenthèse au piano et enfin l’au revoir, « The End. »

Y a-t-il un grand changement entre tes deux derniers albums ?
Oui c’est certain. J’ai beaucoup travaillé sur mon détachement quant aux choses matérielles, aux idées préconçues afin de garder les yeux ouverts et purs d’un enfant. Poser mes valises et repartir légère, m’accepter. Tout cela se reflète dans ma musique, cette démarche m’a menée à cet album, plus personnel et passionné.

« Fantasy » est le thème de ce numéro, dans tes rêves les plus fous, comment se construit le monde de Cibelle ?
« I live a lot inside of my head. » Je peux être très sociable, sortir et voir du monde mais la plupart du temps je suis introvertie, tout se passe à l’intérieur, en moi. Partant d’une petite idée je vais créer un autre monde en creusant toujours davantage. C’est ainsi qu’est né ce dernier album. J’y ai vu la jungle, la pluie, quelque chose de sale, de chaud, des singes partout, accompagnée de mon groupe « Los Stroboscopious Luminous ». Mon monde intérieur est assez proche de celui représenté sur cet album. Lorsque j’exerce mon art, je suis tout à la fois une « NERD » qui passe beaucoup de temps sur internet, à étudier, décortiquer mais également très intuitive, cherchant à rompre avec la réflexion et le sérieux que je peux avoir.

 

Penses-tu que tes origines brésiliennes, tes voyages et le fait que tu vives à Londres influencent ta musique ?
Plus tu voyages avec l’esprit ouvert, plus tu t’enrichis et plus tu es apte à assembler harmonieusement les choses et à y trouver une certaine unité. Rien ne te semble étranger. Tu prends conscience que chaque chose prend sa source dans une autre, tout est lié. Lorsque tu nais au Brésil, tout te semble à priori brésilien, puis tu voyages et tu découvres les origines, les traditions, la musique. « It’s come from everywhere ». En tant que brésilienne, je n’ai pas peur de m’approprier et d’utiliser comme je le souhaite ce qui ne vient pas de chez moi. Nous sommes un peuple de mélanges, cette démarche nous est naturelle et c’est un grand avantage pour ma musique. Si quelque chose fonctionne, je l’emploie sans état d’âme.

As-tu toujours voulu devenir chanteuse ?
Créative. Jouer, écrire, je ne pouvais pas imaginer ma vie sans ce côté artistique. Je suis devenue chanteuse parce qu’il n’y avait pas d’autres issues possibles. Je suis entrée au conservatoire à l’âge de cinq ans et j’y ai appris tout d’abord la guitare puis le piano et enfin j’ai commencé le théâtre.  Mais je chantais en permanence. Une amie m’a fait monter sur scène, un jour, dans un bar et j’ai adoré. Depuis lors, j’ai poursuivi mes cours de théâtre et mes castings la journée et j’ai chanté dans des bars la nuit. Mes débuts ont été marqués par ma participation à l’album de Suba, « Sao Paulo Confessions », puis mon premier album éponyme et l’enregistrement de « The Shine Of Dried Electric Leaves » avec des invités comme Devendra Banhart, Spleen et Seu Jorge. La musique m’a kidnappée !
Avec qui souhaiterais-tu collaborer ?
J’aimerais travailler de nouveau avec mes amis du collectif AVAF (Assume Vivid Astro Focus). Nous avons participé ensemble à la Biennale de Sao Paulo où nous avons réalisé une très belle performance. Nous allions recueillir les souhaits des gens que nous inscrivions sur des bouts de tissus et de cuir puis nous les rassemblions en une gigantesque installation. J’ai adoré ce travail en commun. C’est un collectif incroyable.

Un Super Héro ?
« Wonder Woman » pour ses cheveux, ses tenues, ses pouvoirs surnaturels, « and she kick ass ».

« Las Vênus Resort Palace Hotel »
 www.cibelle.net

Interview : Jessica Segan

Photographie : Eddie Monsoon

EXTRAIT DEDICATE 23 – Été 2010

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