CYPRESS HILL : RAP, PLANTES VERTES ET ROCK’N’ROLL

Le célèbre groupe californien de Hip-Hop a servi ces vingt dernières années des albums de qualité. Cette année après six ans d’absence  l’album « Rise Up » marque leur grand retour. Rencontre à Paris lors du Festival Rock en Seine.

Un groupe de rap à l’affiche de Rock en Seine ? Cela s’est déjà fait dans le prestigieux festival francilien. Reste que ce n’est pas courant. Sauf pour le combo californien (sans DJ Muggs plus en retrait sur ce dernier album)  composé de B-Real, Sen Dog et Eric Bobo. La ville des anges, on a tendance à l’oublier est autant une terre de hip-hop que de rock. Cela va des kitchs Beastie Boys, aux légendaires Van Halen, les sulfureux Red Hot Chilli Peppers, Guns & Roses, Korn… jusqu’aux plus mainstream No Doubt et autres Linkin Park. “Quand on vit à Los Angeles on a cette musique dans notre ADN” confie B-Real de sa voix normale dans une tente à l’arrière des scènes. On le croit !
Durant toute l’interview la voix des trois amigos est à moitié couverte par les cris stridents de Skunk Anansie. Cela ne semble pas les déranger : tous les trois hochent la tête sur les riffs énervés un peu étouffés qui arrivent à nos oreilles ! Qu’on se le dise, le rock n’est pas un « gimmick » chez Cypress Hill. D’abord, dès Black Sunday, leur deuxième album, ils adoptent une esthétique plus rock et une imagerie sombre qui n’est pas courante dans le hip-hop des années 90. Ensuite, dans deux projets  (« Skull and Bones » et « Stoned Riders ») DJ Muggs fait poser ses camarades sur du métal. Rappelons aussi que Cypress Hill est un des premiers groupes à avoir donné une chance à des « petits gauchistes prometteurs » : Rage Against The Machine.

On ne parle même pas du groupe Kush que B-Real a monté avec des membres de Deftones et Fear Factory. Enfin, même dans ce neuvième album « Rise Up », assez ouvert, ils ont invité entre autres, Daron Malakian de System Of A Down et Mike Shinoda de Linkin Park. Ce soir Cypress Hill va défendre cet album comme à son habitude : sur la scène. Lorsqu’à 21h ils balancent leurs premiers singles sortis en 1992 (« Phunky Feel One » puis « How I Could Just Kill A Man ») sur la grande scène il se passe quelque chose. Oui dix-huit ans plus tard, le duo de Sen Dog et B-Real n’a rien perdu de sa complicité. Si Muggs n’est pas là physiquement (le vétéran DJ Julio G le remplace brillamment) ses samples goudronneux secouent le sage Pont-de-Sèvres. La magie est toujours présente. Ce son brut des années 90 (dans un sens assez rock.) plaît au public bon enfant du festival qui affronte à présent le froid et la pluie. Certes B-Real, jamais essouflé, n’est plus tout jeune. Sen Dog encore bien dessiné a d’immenses valises sous les yeux. Pourtant les deux quadras ont de l’énergie à revendre et semblent s’amuser. B-Real par exemple, saute derrière les percus pour accompagner Eric Bobo alias “the fastest hands in the game”. Sen Dog le cubain, exécute même trois quatre pas de “pachanga en mode gangsta”.
Enfin, si à Rock en Seine l’accessoire favori reste le verre de bière, Cypress Hill va gagner la foule grâce à autre accessoire de choix.“I want to get high so high” la voix nasillarde de B-Real retentit entre deux bouffées d’un immense joint : le public est en extase. Les chansons à la gloire de la botanique (“Hit From The Bong”, “Dr Green Thumb” et surtout “Insane In The Brain”)  sont des tubes imparables. Ce « folklore » est une des clefs de la réussite et de la longévité de B-Real, Sen Dog et Eric Bobo. Il est maintenant temps de s’entretenir avec le trio de leur travail, de leur statut et de leur dernier album.

 

Qu’avez-vous pensé des retours concernant ce dernier album ?
B-REAL : On ne s’intéresse pas vraiment à cela. On a des amis qui nous en parlent mais cela ne nous atteint pas. Ce qui compte le plus pour nous est faire de la musique et avoir les meilleurs résultats lors d’un concert. Le plus important est le retour du public.

 Pourquoi avoir choisi le single  “Armada Latina” avec  Pitbull et le chanteur Marc Anthony ?
SEN DOG : Nous avons voulu amener un côté festif qui manquait à notre catalogue. C’est aussi dans notre culture latine. Le sens de la fête, la danse, ce n’est pas commercial : cela fait partie de la culture en Amérique Latine.

Certains fans ont été déboussollés par ce titre…
BR : Ne t’y trompes pas, musicalement que l’on aime ou pas il y a toujours la qualité du « son Cypress ». Peu importe ensuite les directions musicales que l’on prend, que ce soit du métal, de la salsa ou de la soul, cela reste du hip-hop de bonne facture.

Vous avez été un des premiers groupes de rap avec une imagerie très rock…
SD (Il nous interrompt NDR) : C’est l’impact que l’on a eu sur le game. B-Real a été un des premiers rappeurs avec les bras couverts de tatouages. Nous sommes les premiers à avoir confié nos pochettes d’album à une seule personne (NDR le célèbre Mr Cartoon) pour avoir justement cette identité. Tant que les vrais gens reconnaissent , on est contents. On ne va pas faire des millions d’interviews et dire que l’on a lancé des tendances etc… Pour moi l’ultime compliment est de voir quelqu’un s’inspirer de ton style comme nous avons été inspirés par Public Enemy, Run-DMC ou Led Zeppelin.

Justement, vous rendez-vous compte de votre statut ? Surtout toi, B-Real  qui a produit cet album.
BR : Oui nous avions cela dans nos esprits tout au long de l’enregistrement. À l’époque, lorsque Muggs réalisait toutes les musiques, il y avait toujours une immense recherche de qualité. J’ai appris cela de lui. Muggs a été très honnête sur mes prods. C’est mieux que d’avoir quelqu’un dans le groupe qui ne dit plus rien. Nous sommes toujours honnêtes les uns envers les autres.

Cela fait six ans que l’on vous attendait. Comment s’est déroulé le travail en studio ?
BR : On n’a jamais perdu notre complicité en studio. Depuis le premier jour de notre rencontre jusqu’à aujourd’hui. Dès que nous sommes ensemble nous retrouvons directement nos réflexes. Tout ce que l’on devait garder en tête c’est le statut que Cypress Hill a eu dans le passé.
SD : J’étais heureux de revenir dans Cypress Hill. C’est mon meilleur moyen de gagner de l’argent. J’avais même oublié le plaisir du processus de mise en place d’un album du Cypress Hill. Je crois même que le prochain album sera encore meilleur. Se retrouver ensemble après autant de temps et avoir encore des idées qui sortent de l’ordinaire, cela nous autorise à dire que nous sommes un des meilleurs groupes de Hip-hop.

Et toi Bobo quel a été ton rôle dans ces « retrouvailles » ?
ERIC BOBO : Je dois toujours ramener de la musicalité dans les titres et amener ce côté live dans les prods. Des percus, parfois des cordes. C’est à moi lorsqu’on est en studio de trouver la fondation sonore et d’y apporter mon épice.

Bobo et B Real ont sorti des projets solos. Où étais-tu depuis tout ce temps ?
SD : (Il sourit NDR) J’ai fait deux albums solos !  « Diary Of A Mad Dog » puis un autre avec mon groupe de rock qui n’est jamais sorti. Tom Morello (NDR le guitariste de Rage Against The Machine) a fait un single pour mon album solo. J’ai fait mes petites tournées solo et c’était un nouveau défi pour moi. Je n’avais pas le luxe d’avoir un B-Real ou un Eric Bobo sur scène avec moi. J’ai dû compenser et surtout chercher en moi l’énergie pour donner un vrai show au public venu me voir. Être sur scène, avec ces deux-là, te met directement en confiance.

Pour finir quels sont les retours du public sur les titres de « Rise Up » que vous faites en concert ?
SD : On a tourné quatre semaines en Europe et cela marche toujours. On présente un vrai show. On n’est pas dans les gimmicks, les gens sont enthousiastes parce qu’ils voient que l’on a la patate. La tournée a toujours été le moyen pour Cypress Hill de ramener plus de fans et de faire encore plus d’argent. On s’en fout depuis longtemps de la radio.
ERIC BOBO : Sans vouloir être prétentieux, nos shows ont une excellente réputation. Les gens savent qu’on ne rigole pas. On voit aussi avec plaisir qu’il y a dans le public des gens plus jeunes qui n’ont pas connus les premiers albums. Ils sautent avec nous lorsque l’on fait « Da Phuncky Feel One ».
B-REAL : Pour répondre à ta question les retours sont excellents (Rires)

Texte et interview : Sindanu Kasongo

Photographie : James Minchin

EXTRAIT DEDICATE 24 – Automne 2010

No tags